Par Hassan GHEDIRI
La compagnie aérienne nationale qui se débrouille comme elle pouvait pour exploiter à bon escient ce qui reste de sa flotte, pourrait bientôt tout simplement ne plus pouvoir faire décoller ses avions…
La guerre au Moyen-Orient qui continue à chambouler les chaînes d’approvisionnement de l’énergie dans le monde, n’en finit pas de promettre des scénarios plus catastrophiques les uns que les autres.
Le dernier secteur à retenir son souffle est celui de l’aviation civile. Car si l’on doit croire aux prévisions de la branche européenne du Centre International des Aéroports (ACI-Europe), les compagnies aériennes dans le monde, et plus particulièrement des pays dépendant directement du carburant raffiné au Moyen-Orient en ce qui concerne leur approvisionnement de kérosène pour avion, risquent de voir les semaines à venir leur réserver de mauvaises surprises.
C’est, également, ce qu’avaient laissé entendre des sources diplomatiques européennes ayant pris part à la réunion des représentants permanents des Etats membres tenue avant-hier à huit clos mercredi 16 avril 2026 à Bruxelles.
D’après les révélations rendues publiques par l’agence de presse Reuters, les pays de la zone euro qui importent presque la moitié de leur kérosène depuis les pays du Golfe, voient le risque de pénurie se rapprocher rapidement sans savoir quel Etat sera le premier à être en rupture de stock.
L’exécutif européen qui garde quand même un certain optimisme en tablant sur une cessation des hostilités et une réouverture du détroit d’Ormuz, est désormais certain que la poursuite de la guerre est synonyme d’un choc majeur d’approvisionnement en produits pétroliers. Dans cette perspective, c’est le spectre d’une pénurie de kérosène qui semble déjà commencer à planer sur l’Europe. Depuis mardi, la Commission avait en effet reconnu avoir des craintes quant à des risques d’approvisionnement en carburant pour les avions « dans un avenir proche ».
Certains spécialistes croient d’ailleurs que si la crise du détroit d’Ormuz persiste, beaucoup d’avions pourraient ne plus décoller à partir des aéroports européens. L’on pense en effet que la situation peut se compliquer dans les semaines à venir et voir des compagnies européennes réduire drastiquement leurs vols dès mai et juin, faute de carburant.
Seuil critique
Il faut rappeler aussi que le 9 avril, le ACI-Europe avait alerté la Commission européenne sur des pénuries de kérosène pouvant commencer début mai, si la circulation des pétroliers dans le détroit d'Ormuz n'avait pas repris d'ici là. De son côté, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) avait prédit, il y a quelques jours, une baisse des stocks de kérosène en Europe, d’ici juin, sous le seuil critique de 23 jours.
Quand les mises en garde contres de pénuries de carburant d’avion se multiplient de l’Europe et poussent les aéroports et les grandes compagnies à se préparer à des temps difficiles, il y a raison de s’inquiéter en Tunisie.
Outre les difficultés qu’elle trouve d’ores et déjà pour maintenir en état de marche une flotte réduite comme peau de chagrin à cause du déficit financier structurel, la compagnie aérienne nationale qui concentre le plus important de son trafic sur l’espace européen risque de subir de plein fouet les effets de cette nouvelle crise de carburant d’avion.
D’autant plus que notre pays importe la totalité de ses besoins en kérosène d’aviation. Il ne sera donc pas surprenant de voir d’ici peu, la pénurie de kérosène qui se fait déjà ressentir de l’autre côté de la rive nord de la Méditerranée, clouer au sol les avions de Tunisair.
Il y a lieu de noter que depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le prix du kérosène a plus que doublé en Europe. Bien que les pénuries ne se sont pas encore installées l’envolée des couts du carburant pousse déjà de plus en plus de compagnies aériennes à réaménager leur calendrier de vols en supprimant les lignes les moins rentables et en retirant du service les avions vieillissants.
La compagnie aérienne allemande Lufthansa a par exemple décidé de clouer au sol, à partir de ce week-end, l’intégralité de sa flotte de 27 appareils exploitée par sa filiale CityLine. Idem pour la compagnie aérienne néerlandaise KLM qui vient d’annoncer la suppression, à partir du mois de mai, de 80 vols aller-retour à partir l'aéroport de Schiphol à Amsterdam.
Ces réductions affecteront les liaisons très fréquentées, comme Londres et Düsseldorf. Pour dire que les jours et les semaines à venir n’augurent rien de bon pour le secteur de l’aviation dans le monde, pour notre transporteur national qui peine déjà à sortir de sa zone de turbulence financière, et pour des centaines de milliers de TRE et de touristes étrangers qui envisageaient passer les vacances d’été en Tunisie.
H.G.
