La Tunisie ambitionne de devenir, d’ici 2030, un Hub régional d’industries électroniques à haute valeur ajoutée. Un objectif stratégique se déclinant en un ensemble d’objectifs opérationnels que l’on tentera de concrétiser à travers une charte de compétitivité sectorielle engageant les industriels.
Environ 150 entreprises opérant dans le secteur des industries électroniques sont directement concernées par cette charte. Elles auront comme défi d’accélérer la transformation de leur processus de management et de production d’accroitre leur intégration technologique à même de pouvoir créer, en cinq ans, 30 milles emplois supplémentaires, principalement des ingénieurs et des techniciens hautement qualifiés.
Ces industries devaient ainsi gagner en performance et donc être capables, comme l’exigeait la charte, de doubler leurs exportations pour atteindre 7 milliards de dinars par an contre 3,5 MD actuellement.
Officiellement adoptée le 24 mars dernier, la charte devrait être signée demain 10 avril par les parties concernées, en l’occurrence l’Etat par l’intermédiaire du ministère chargé de l’Industrie ainsi que les représentants des organisations professionnelles (UTICA) et de l’agence allemande de la coopération internationale.
L’ambition de devenir un Hub régional d’industries électroniques à haute valeur ajoutée témoigne d’une volonté à enclencher un processus de transformation industrielle qui prend en compte des défis économiques et énergétiques de plus en plus contraignants auxquels s’expose notre pays.
Réussir cette transformation nécessite toutefois une remise en cause des facteurs influençant directement la performance, la compétitivité et la pérennité de l’industrie tunisienne dans sa globalité. Il faut savoir faire les bons diagnostics, c’est-à-dire identifier les anomalies et opportunités, mobiliser les ressources nécessaires pour pouvoir engager les rectifications adéquates aux dysfonctionnements.
Il est totalement absurde de vouloir, aujourd’hui, transformer l’industrie en Tunisie sans pour autant avoir remédier au problème de l’inadéquation entre les formations et les besoins de compétences. Des réformes de l’enseignement et de la formation ? L’on n’a pas cessé de nous les en promettre depuis plus d’une décennie mais qui restent mystérieusement lettre morte.
Comprendre ce qui pousse des dizaines de milliers d’ingénieurs tunisiens hautement qualifiés à plier bagages et aller faire les beaux jours des industries européennes, et rétablir leur confiance dans leur pays devait également être une priorité absolue avant toute ambition de réindustrialisation.
Au-delà de la question des compétences, c’est l’ensemble de l’écosystème productif qui demeure fragilisé. Peut-on sérieusement parler de Hub industriel lorsque les infrastructures de base souffrent de défaillances chroniques ? Peut-on attirer des investissements de pointe sans une logistique fluide, des délais maîtrisés et des chaînes d’approvisionnement fiables ?
La réalité est que beaucoup d’anomalies perdurent, compromettent énormément la compétitivité des entreprises déjà installées, et dissuadent celles qui envisagent de s’implanter à cause des complexités administratives qui freinent l’initiative privée et limitent la montée en gamme industrielle.
Il en va de même pour le cadre réglementaire, souvent inadapté aux exigences des industries technologiques modernes et qui constituent un frein à l’investissement, à la recherche et au développement, ainsi qu’à l’intégration dans les chaînes de valeur internationales. Vouloir brûler les étapes reviendrait à construire un édifice ambitieux sur des bases fragiles, c’est comme mettre la charrue avant les bœufs.
H.G.

