Par Chokri Baccouche
Dans le grand théâtre de la politique internationale, certains dirigeants écrivent des discours, d’autres rédigent des traités… et puis il y a Donald Trump, un dirigeant atypique qui semble avoir confondu la diplomatie avec une partie de poker dans un casino de Las Vegas : un tweet à la main et un ultimatum dans l’autre. Chez le locataire de la Maison Blanche, tout commence souvent par une phrase simple, presque poétique : “Vous avez 24 heures.”
On ne sait pas toujours pour faire quoi, ni pourquoi 24 et pas 23, mais peu importe — l’important, c’est le suspense. Les diplomates du monde entier ont ainsi développé une nouvelle compétence : traduire les ultimatums trumpiens en langage compréhensible. Car l’ultimatum version Trump, c’est un peu comme une météo capricieuse : aujourd’hui tempête, demain grand soleil, et après-demain… on ne sait pas, mais mieux vaut garder un parapluie et un casque.
A toute fin utile. Cela permettra au moins de protéger le ciboulot s’il venait à pleuvoir des grêlons aussi gros qu’une balle de tennis. Les ultimatums chez Trump sont si fréquents qu’ils sont devenus une marque de fabrique. Ils sortent du gosier de son auguste majesté Ubu roi comme une série de casseroles et sont distribués à tour de bras.
La part belle de ces mises en garde est réservée depuis quelques temps au régime des mollahs : Trump menace de ramener l’Iran à l’âge de la pierre si les dirigeants du pays n’appliqueraient pas à la lettre ses oukases. Ils n’ont plus que quelques heures pour faire le bon choix, dit-il, sous peine de voir le ciel leur tomber sur la tête.
Le président américain menace de tout raser : les ponts, les centrales électriques, les exploitations avicoles pour poules pondeuses, y compris les usines de textile spécialisées dans la production des porte-jarretelles, des strings et des soutiens-gorge.
Heureux qui comme les nichons aux quatre vents dans l’ancienne Perse : fort de son long stage très suggestif chez le pote Epstein, le président américain a pensé à ramener aux Iraniennes en guise de cadeau, les mœurs libérales du rêve américain sur le dos des Tomahawk.
Officiellement, l’ultimatum est une arme de fermeté. Une démonstration d’autorité. Un coup de poing sur la table. Officieusement ? Disons qu’il cache souvent un petit monde intérieur beaucoup plus… nuancé. L’ultimatum chez Trump est un proche cousin du bluff au poker. Il incarne le fantasme du contrôle total de la situation alors qu’en réalité il n’en est rien. Le président américain cherche à faire peur aux Iraniens et leur faire croire qu’ils sont dans l’antichambre de l’Armageddon et de l’Apocalypse.
En vérité, c’est les Iraniens qui sont actuellement en position de force. D’un point de vue militaire, l’opération américano-sioniste Fureur Épique est, en effet, dans une impasse. Face aux conséquences économiques et politiques désastreuses d’une guerre qui dure bien plus que prévu, Donald Trump, dos au mur, ne sait qu’aller vers plus de radicalité dans les menaces.
Une radicalité loufoque qui s’apparente en fait à une danse macabre du coq égorgé. Il est dans la confusion totale et ne comprend pas ce qu’est une guerre et encore moins son adversaire, l’Iran en l’occurrence, un pays à la civilisation millénaire, vaste et parfaitement soudé. Même avec toute l’armada américaine, Donald Trump ne peut pas « détruire ce pays en une nuit » comme il ne cesse de le claironner à tort et à travers.
Le président américain n’a manifestement pas compris encore qu’en face de lui il y a un pays qui se prépare à cette confrontation depuis plus de 20 ans. Un pays prêt à consentir tous les sacrifices pour préserver son indépendance et défendre son intégrité territoriale. Et surtout, surtout qui ne cédera à aucune menace.
Signe que la logique de guerre américaine, inique et absurde, s’essouffle au profit de l’Iran et fait l’effet d’un coup d’épée dans l’eau : depuis quelques jours, les compagnies maritimes du monde entier négocient directement avec le régime iranien pour faire passer des bateaux dans le détroit d’Ormuz en échange d’un péage.
Les armateurs et les compagnies d’assurance se sont rendus à l’évidence qu’il vaille mieux payer 1 ou 2 millions de dollars pour se frayer un passage en toute sécurité, plutôt que d’attendre que le détroit soit libéré militairement. Le coup de poker menteur de Donald Trump n’est pas sans rappeler l’histoire du Bonobo qui veut faire pousser des cerises de Tasmanie sur un vieux Baobab en plein milieu de la savane africaine…
C.B.

