Par Chokri Baccouche
En pleine guerre au Moyen-Orient où les Etats-Unis et leur allié israélien sont confrontés à un coriace adversaire iranien qui leur tient la dragée haute, la Maison Blanche a limogé ces derniers jours un bon paquet de généraux de l’armée américaine.
Il s’agit notamment du Général Randy George, chef d'état-major de l'armée de terre, du Général CQ Brown Jr, président des chefs d'état-major interarmées, de l’Amiral Lisa Franchetti , cheffe des opérations navales, de l’Amiral Linda Fagan, commandante des gardes-côtes, du Général Timothy Haugh, chef du U.S. Cyber Command et du Général David Allvin, chef d'état-major de l'armée de l'air.
Au total, pas moins de douze généraux ont été contraints à la retraite anticipée. Selon les observateurs rompus aux arcanes de la politique américaine, cette purge massive ne constitue pas un simple remaniement administratif mais s’inscrit dans une dynamique plus inquiétante : celle d’une politisation accélérée de l’appareil militaire U.S, historiquement conçu comme neutre et professionnel.
Orchestrée par le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, cette restructuration inédite vise, en effet, à aligner la hiérarchie militaire sur la vision politique de l'administration Trump qui cherche à remplacer les officiers jugés déloyaux ou trop progressistes par des éléments fidèles et qui appliquent à la lettre et sans broncher toutes les décisions prises par la Maison Blanche fussent-elles incompatibles avec l’éthique ou la doctrine militaire.
Des rumeurs persistantes évoquent à ce propos des désaccords profonds entre l’état-major de l’armée et l’Exécutif américain. Plus exactement, certains parmi les officiers de haut rang ayant été évincés se sont opposés à l’envoi de troupes au sol en Iran comme l’envisageait l’égocentrique président américain.
Cette position intransigeante fondée sur des arguments objectifs, n’a pas été apprécié par Donald Trump qui n’aime pas du tout être contrarié. En guise de représailles pour punir ce crime de lèse-majesté, ce dernier a vite fait de les congédier pour avoir les coudées franches.
Aux Etats-Unis, la mise à l’écart de ces généraux inquiète une frange importante de l’opinion publique et suscite beaucoup de questions. On parle de dérive autoritaire du pouvoir et, plus grave encore, d’instrumentalisation idéologique de l’armée. Historiquement, le modèle militaire américain reposait sur un principe clé à savoir la subordination au pouvoir civil, certes, mais sans interférence dans les carrières militaires.
Dans les faits, ce principe semble avoir volé en éclats aujourd’hui sous les coups de boutoir ou plutôt les coups, le moins qu’on puisse dire, suspects d’une administration trumpienne qui veut mettre coûte que coûte tous les centres de décision et les différents rouages du pouvoir sous son autorité exclusive.
La dérive autoritaire du locataire de la Maison Blanche crée pas mal de grabuges et de tensions depuis quelques temps aux Etats-Unis, générant des manifestations monstres de millions de citoyens américains en colère. L’impact le plus visible de cette dérive réside dans l’érosion des normes démocratiques. Les attaques répétées contre la presse — qualifiée « d’ennemie du peuple » — ont fragilisé le rôle fondamental des médias comme contre-pouvoir.
Pis encore, les frasques sans fin de Donald Trump ont conduit à une polarisation extrême de la société américaine. Le discours politique s’est radicalisé, transformant les opposants en ennemis à abattre. Cette dynamique a nourri un climat de méfiance généralisée, où les faits eux-mêmes deviennent contestés.
Les oukases décrétés par Trump notamment contre l’immigration ont bouclé la boucle en mettant davantage le feu aux poudres dans un pays aux abois, en proie à des tensions sociales permanentes et où bon nombre de ses citoyens envisagent désormais l’avenir avec beaucoup de pessimisme.
Mais les conséquences ne s’arrêtent pas aux frontières des États-Unis.
À l’échelle internationale, l’effet a été doublement déstabilisateur. On le mesure à l’aune des guerres commerciale ou létale déclenchées par le… va-t-en guerre américain qui ont déstabilisé de nombreuses régions et contrées et mis le monde sens dessus-dessous. De Gaza à l’Iran en passant par le Venezuela et fort probablement Cuba, prochainement, le baroudeur Trump n’y est pas allé de main molle, au grand mépris du droit et de la légalité internationale.
Bref, on peut dire que de tous les présidents qui se sont succédés à la tête de la première puissance mondiale, Donald Trump est certainement celui qui a marqué l’histoire des Etats-Unis de la pire des manières. Sa personnalité complexe et drôlement compliquée, fondée sur un égocentrisme débridé et une imprévisibilité qui défie la loi de la pesanteur et toute logique communément admise, n’a pas fini de révéler tous ses secrets.
Il ne s’agit point bien évidemment de « péchés mignons » à connotation pédophile liés au scandale Epstein, mais des secrets plutôt flippants et pour cause ! Quand le pouvoir dans un pays aussi puissant que les Etats-Unis est concentré entre les mains d’un dirigeant aussi fantasque, imprévisible et extravagant, il faut s’attendre au pire. Et ce pire, malheureusement, ne fait justement que commencer…
C.B.

