Par Chokri Baccouche
Comment se comporte le président américain Donald Trump avec les pays du Golfe ? Comme une scie sauteuse pour paraphraser un adage ancestral. C’est-à-dire qu’en mouvement ascendant ou descendant, il rabote et racle un peu plus le fond de caisse de ses richissimes alliés ou plutôt obligés et les soulage d’un pactole pouvant se chiffrer à plusieurs milliards de dollars.
De gré si possible, par l’intimation voire les menaces si nécessaire. La tactique marche d’ailleurs à tous les coups et rapporte gros aussi bien au pays de l’oncle Sam qu’à son vorace président. Au lendemain de sa réélection en 2025, Donald Trump a effectué, pour rappel, une tournée des grands ducs dans les pays du Golfe.
Pas pour siffler quelques canons comme on dit dans le jargon des vieilles éponges et des invétérés amateurs de la dive bouteille mais pour casser la tirelire de ses hôtes saoudiens, émiratis et qatariotes. Agissant à la manière d’une moissonneuse-batteuse, le locataire de la Maison Blanche y a ratissé très large. Il a ainsi obtenu des Saoudiens entre 3500 et 4000 milliards de dollars déclinés en contrats fermes ou en investissements massifs.
Ces chiffres mirobolants qui donnent le tournis aux experts comptables les plus chevronnés incluent notamment des ventes d’équipements militaires et des investissements dans l’intelligence artificielle et l’énergie. Les émiratis ont dû également délier largement leur bourse en promettant plus de 1400 milliards de dollars d’investissement.
Les Qatariotes, enfin, ont pratiquement donné la clef double de leur coffre-fort au président américain en mettant à sa disposition l’astronomique somme de 243 milliards de dollars dont 93 milliards pour le palace flottant, le Boeing personnalisé gracieusement offert à Trump.
On avait pensé que le casse du siècle allait s’arrêter à ce niveau et que le locataire de la Maison Blanche, logiquement repus, allait observer au moins deux ou trois années sabbatiques avant de se remettre de nouveau à table aux frais des princes et des têtes couronnées du Golfe. On s’est lourdement trompé comme l’a d’ailleurs confirmé, lundi dernier, la porte-parole de la Maison-Blanche.
Donald Trump serait intéressé à demander aux pays arabes de payer pour le coût de la guerre contre l’Iran, a déclaré en effet aux journalistes Karoline Leavitt. La dame à la crinière blonde et au tailleur toujours tiré à quatre épingles a ajouté qu’elle pensait que « le président aurait davantage à dire sur la question ». Sous entendu on ne brûle pas la politesse au boss qui se fera un plaisir d’annoncer lui-même la bonne nouvelle de vive voix.
Ce qui est sûr en tout cas c‘est que le message est déjà passé et il est plus que certain qu’il ne tombera pas dans l’oreille d’un sourd du côté de la péninsule arabique. Comme diraient les nouvelles recrus du bataillon qui font leur baptême du feu pour la toute première fois : « C’est la vie de château, pourvu que ça dure longtemps, c’est la vie de château, merci mon adjudant ».
Malgré la souffrance physique et morale qu’ils endurent dans la garnison, les jeunes bidasses sont contraints de rendre hommage à leurs instructeurs ou plutôt tortionnaires qui prennent paradoxalement un malin plaisir à les faire baver pour tester leur capacité à supporter les dures épreuves. Mine de rien, le nouveau casse en gestation que le président américain envisage de perpétrer dans les pays du Golfe ressemble à s’y méprendre à cette « vie de château » dans une caserne militaire.
A la manière d’un haut gradé, toujours droit dans ses bottes, Donald Trump veut obliger ses pioupious du Golfe à financer une guerre extrêmement coûteuse qu’il a paradoxalement lui-même déclenché en compagnie de son alter-ego, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Brebis mal gardée du loup est tôt happée, dit un célèbre proverbe français.
Les pays du Golfe qui ont jeté leur dévolu sur le pays de l’oncle Sam pour assurer leur protection contre les prédateurs, se font tondre paradoxalement comme des brebis par le loup vorace qu’ils ont délibérément fait rentrer dans leur propre bergerie.
Prises entre les tirs de missiles iraniens qui ciblent les bases militaires américaines installées sur leur territoire et les razzias incessantes d’un Donald Trump de plus en plus cupide et vorace, les monarchies du Golfe paient cher la rançon de leur dépendance sécuritaire et la facture salée d’une guerre qu’ils vont devoir financer fut-il contre leur gré. « C’est la vie de château, pourvu que ça dure longtemps, c’est la vie de château, merci mon adjudant »…
C.B.

