Depuis l’automne, la Tunisie a eu droit à plusieurs jours de pluie ayant permis de ramer les réserves en eau à des niveaux très satisfaisants. Selon les chiffres du ministère chargé de l’agriculture et des ressources hydrauliques, le taux de remplissage dans les barrages frôle 60%.
Le changement est saisissant. Entre septembre 2025 et mars 2026, les réserves ont presque doublé notamment grâce à un automne et un hiver exceptionnellement pluvieux dans les régions du nord où s’implantent les principaux barrages et autres ouvrages de rétention d’eau. Un peu plus de 1,2 milliards de mètres cubes seraient désormais disponibles, ce qui offre normalement une marge de sécurité pour rentrer dans l’été.
Après, il nous faudra bien sûr quelques pluies de temps en temps pour permettre de renouer avec septembre dans de meilleures conditions. L’eau continuera en effet d’être un sujet de préoccupation majeur pour la Tunisie en ces temps de grands bouleversements climatiques qui font enchainer des années consécutives de déficit pluviométrique très préjudiciables pour la sécurité alimentaire et hydrique.
Lorsque les stocks sont reconstitués, le grand défi consiste à les préserver, c’est-à-dire savoir gérer l’abondance. Et c’est justement là où le bât blesse pour notre pays. Car, il y a toujours une défaillance quelque part qui entraine la lapidation d’une part non négligeable de cette denrée précieuse.
Outre les pertes dues au gaspillage et à la vétusté des réseaux de distribution et qui dépassent 40% selon certaines estimations, la Tunisie fait également face à un problème majeur qui est l’évaporation. il s’agit certes d’un phénomène naturel presque inéluctable, mais qui peut tout de même être maitrisé et valorisé.
L’évaporation qui tend à s’intensifier pendant les mois d’été, prive en effet la Tunisie d’en moyenne 600 mille mètres cubes d’eau par jour.Cette quantité d’eau qui s’évapore chaque jour des barrages pourrait correspondre aux besoins d’environ 1500 personnes pendant une année.
En fait, tous les pays se heurtent à ce problème d’évaporation d’eau et chacun fait ce qu’il peut pour réduire ses pertes. De plus en plus de pays particulièrement confrontés au stress hydrique sont en train d’investir beaucoup d’argent dans des solutions qui permettent de limiter l’évaporation. La Chine, pionnière en la matière, a par exemple commencé ces dernières années à recouvrir des lacs et barrages par des milliers de panneaux photovoltaïques.
Ces fermes solaires flottantes réduisent jusqu’à 40% l’évaporation alors que la fraicheur de l’eau améliore le rendement énergétique des panneaux tout en évitant l’utilisation excessives des terres cultivables. L’Empire du Milieu qui produit désormais des centaines de mégawatts à partir des parcs solaires flottants peut ne pas être le bon exemple pour la Tunisie a l’égard de l’énorme écart technologique et économique.
Le Maroc, par contre, doit bel et bien l’être. Parce que le royaume chérifien qui a subi sept années successives de sécheresse et qui vient de traverser son hiver le plus pluvieux depuis plus de 40 ans, a opté, lui aussi, pour cette technologie pour préserver ses ressources hydriques, lutter contre la sécheresse tout en produisant l’électricité.
En 2025, un projet a été en effet lancé au nord du pays consistant à installer des panneaux solaires flottants sur un barrage situé à proximité du grand port Tanger Med et ce dans le but de réduire l’évaporation tout en produisant de l’énergie verte destinée aux installations portuaires. Dans ce barrage, l'évaporation passe d'environ 3 mille mètres cubes par jour en temps normal à près de 7 mille mètres cubes par jour en été.
Le pays mise sur une réduction du phénomène de 30% grâce à la couverture photovoltaïque. Des études de faisabilité sont actuellement en cours pour lancer d’autres projets dans l’un des plus grands barrages du pays. Ailleurs dans le monde, la France, l'Indonésie et la Thaïlande testent également cette technologie.
La Tunisie aura donc intérêt à investir dans l’installation de fermes photovoltaïques flottantes sur les barrages et les lacs collinaires qui apparaît aujourd’hui comme une bonne réponse au double défi de la sécurité hydrique et énergétique.
Encore faut-il lever les obstacles liés au coût de ces technologies. Cela passe nécessairement par une politique volontariste de soutien à l’émergence d’une industrie locale des panneaux solaires et des équipements photovoltaïques, capable de réduire la facture des investissements, de créer de la valeur ajoutée et de renforcer la souveraineté énergétique nationale.
H.G.

