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Editorial : L’austérité oui, mais ! - Par Hassan GHEDIRI

La fin de la semaine n’était pas très heureuse pour le monde de l’entreprise et de l’industrie en Tunisie. Et pour cause, le mot d’ordre émis par la Banque centrale et qui semble bouleverser le marché du crédit. La Banque des banques, qui croit dur comme fer que l’austérité est le meilleur remède à la crise, vient d’en rajouter une couche à travers la circulaire adressée le 26 mars 2026 qui révise les conditions de financement des importations.

La note expose une longue liste de produits dont les exportateurs doivent désormais supporter l’intégralité des fonds de financement. Des milliers de produits sont de facto visés par cette restriction. Dans un contexte économique et géopolitique mondial plus que jamais imprévisible, la BCT assume sa fonction de régulation pour préserver les réserves de change et tenter de rétablir les déséquilibres extérieurs du pays.

Cette dose supplémentaire de rigueur est censée dissuader le recours à l’importation des produits de consommation «futiles» et réorienter les ressources disponibles vers les dépenses stratégiques et vitales telles que l’énergie dont les prix ne cessent de flamber, les produits alimentaires, les médicaments et les matières premières pour l’industrie. Au vu les pressions de trésorerie et la multiplication des chocs extérieurs, nul ne pouvait contester une telle démarche.

En limitant l’accès au crédit pour certains importateurs, la BCT espère atténuer le déficit commercial. C’est donc une réponse classique, presque orthodoxe, à une situation de déséquilibre prolongé mais qui ne résout pas tout le problème. Car la désignation des produits « non prioritaires » telle qu’établie par ladite circulaire est très discutable. Selon quel critère peut-on considérer un tel produit non essentiel ?

Un réfrigérateur, « une automobile conçu pour le transport de personne » comme répertorié dans la première case de la liste des produits communiquée par la BCT ainsi que beaucoup d’autres équipements domestiques et professionnels, pouvaient difficilement être classés dans la catégorie du luxe dans nos jours.

Une classification qui suscite des frustrations légitimes chez les acteurs économiques mais aussi chez les consommateurs qui verront certainement les conséquences d’un tel durcissement sur leur portefeuille. De même, les restrictions favoriseront les grandes entreprises capables de compenser le manque de crédit contrairement à des centaines de PME mal loties.

La réduction de l’offre de produits importés sur le marché est de nature à amplifier des tensions sur les prix, ce qui risque de faire repartir l’inflation à la hausse. Très nombreuses sont par ailleurs les entreprises qui dépendent, directement ou indirectement, des importations qui, face à ces restrictions verront les chaînes d’approvisionnement perturbées ; ce qui réduit leur productivité et in fine met en péril beaucoup d’emplois.

Pour dire que la rigueur monétaire, aussi indispensable soit-elle, doit être modérée. L’austérité commerciale ne peut produire ses effets vertueux que si elle est intelligemment dosée et inscrite dans une vision économique d’ensemble. Réduire les importations sans bâtir, en parallèle, une véritable stratégie de relance de la production nationale reviendrait à bloquer sans offrir des alternatives.

Il est donc impératif d’engager des politiques publiques actives favorisant l’investissement productif, l’innovation et la montée en gamme des entreprises tunisiennes. Des politiques qui incitent les opérateurs économiques à diversifier leur offre, à conquérir de nouveaux marchés et à améliorer leur compétitivité.

H.G.

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