Par Chokri Baccouche
Longtemps, le soutien inconditionnel, inique et aveugle à Israël, a constitué l’un des rares consensus solides de la vie politique américaine. Républicains comme démocrates, électeurs conservateurs comme progressistes, convergeaient vers une même lecture stratégique et morale du Moyen-Orient, décriée du reste et vertement critiquée et dénoncée, notamment par les peuples et les pays du « Sud global ».
Ce socle qu’on pensait inamovible et indestructible vacille aujourd’hui comme le confirment d’ailleurs les derniers sondages qui indiquent une dégradation nette voire historique de la popularité de l’entité sioniste auprès de l’opinion publique américaine. Une récente enquête révèle ce qui aurait pu être considéré comme impensable il y a quelques années : seuls 32% des électeurs américains y ont exprimé en effet une opinion positive d’Israël, contre 39% qui en ont une perception négative.
Plus frappant encore, une étude Gallup de 2026 montre que, pour la première fois depuis un quart de siècle, les sympathies des Américains ne penchent plus majoritairement du côté israélien : 41 % des citoyens enquêtés déclarent soutenir davantage les Palestiniens, contre 36 % pour les Israéliens.
Ce basculement n’est ni brutal ni accidentel. Il s’inscrit, selon les spécialistes, dans une évolution progressive des perceptions américaines depuis la fin des années 2010, accélérée par les guerres à répétition et les images de destruction à Gaza. Déjà, avant même les récents conflits, les écarts de sympathie se réduisaient, signalant l’érosion d’un avantage historique d’Israël dans l’opinion américaine. Mais c’est bien la séquence actuelle — marquée par la guerre à Gaza puis l’escalade régionale avec l’Iran — qui agit comme un révélateur.
Une majorité d’Américains rejettent désormais l’idée d’un engagement militaire prolongé aux côtés d’Israël, et beaucoup considèrent que ces conflits servent davantage les intérêts israéliens que ceux des États-Unis. Dans le même temps, près de 60 % des Américains s’opposent à certaines opérations militaires liées à ces tensions régionales.
Au-delà des chiffres, c’est la structure même de l’opinion qui change. Le clivage n’est plus seulement partisan, il est générationnel. Les jeunes Américains — y compris dans les rangs conservateurs — se montrent beaucoup plus critiques à l’égard d’Israël, sensibles aux enjeux des droits humains et réfractaires aux interventions militaires extérieures. À l’inverse, le soutien reste fort chez les électeurs plus âgés et certains groupes religieux, notamment évangéliques.
Du côté démocrate, la fracture est désormais manifeste. Une partie croissante de la base exprime davantage de sympathie pour les Palestiniens et critique ouvertement la politique israélienne, y compris au Congrès, où des voix traditionnellement pro-israéliennes appellent désormais à des sanctions contre les colons violents en Cisjordanie. Chez les républicains, un débat inédit émerge également, opposant une vieille garde farouchement pro-israélienne à une nouvelle génération plus isolationniste et critique.
A trop tirer sur la corde donc qu’à la fin elle se casse inévitablement : les méfaits et les dérives génocidaires des dirigeants sionistes ont fini par excéder et exaspérer une frange importante de l’opinion publique américaine et plus particulièrement les jeunes. Nouvelles technologies de l’information aidant, ces derniers sont de plus en plus au fait de ce qui se trame réellement et ce, grâce aux réseaux sociaux qui permettent une diffusion rapide d’images et de récits provenant des zones de conflit, notamment de Gaza et de la Cisjordanie.
Les lobbies sionistes qui contrôlent les plus grands médias aux Etats-Unis boivent ainsi la tasse amère de la désillusion car leurs propagandes partisanes qui ont longtemps maintenu l’opinion publique américaine sous anesthésie s’en trouvent ainsi discréditées et remises en question.
Au grand dam du Premier ministre israélien Netanyahu et de la clique extrémiste de son gouvernement, Israël renvoie aujourd’hui et bien évidemment au monde, parallèlement à cette désaffection américaine, une bien piteuse image.
Celle d’un Etat voyou qui viole toutes les lois et les conventions universelles, commet les pires atrocités et les tueries de masse et qui agresse et cherche noise à tous peuples du Moyen-Orient. Un Etat paria et belliqueux dont les dérives interminables sont devenues des facteurs d’instabilité permanente et qui menacent de se répercuter désormais bien au-delà de la région…
C.B.

