Par Chokri Baccouche
Ainsi donc, les Etats-Unis viennent de transmettre à l’Iran une feuille de route en quinze points devant favoriser une désescalade au Moyen-Orient et peut-être mettre fin à la guerre. Transmis aux dirigeants iraniens via le Pakistan, ledit plan est truffé de conditions très strictes qui s’apparentent beaucoup plus à des oukases non négociables qu’à des propositions sérieuses pouvant réellement baliser le terrain pour une sortie de crise.
Les Etats-Unis exigent en effet que l’Iran renonce définitivement à se doter de l’arme nucléaire et démantèle ses installations de Natanz, Ispahan et Fordo. D'après ce plan, la République islamique doit également remettre prochainement à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) son stock d’environ 450 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 %, selon un calendrier à convenir.
Washington demande également à Téhéran de réduire fortement ses capacités balistiques "à la fois en portée et en quantité". "Toute utilisation future de missiles serait limitée à l’autodéfense", précise le plan américain, mais aussi de cesser son soutien à des groupes armés alliés dans la région, comme le Hezbollah au Liban ou le Hamas dans la bande de Gaza.
Enfin, les Etats-Unis réclament expressément que soit établie une "zone maritime libre" dans le détroit d'Ormuz, qui doit ainsi rester ouvert.En contrepartie, l'Iran pourrait bénéficier d'une levée des sanctions internationales à son encontre, et d'un soutien pour son programme nucléaire civil. Le plan prévoit cependant un mécanisme de "réimposition automatique des sanctions" si Téhéran venait à ne pas respecter l'accord conclu.
Sans exagération aucune, le « plan de paix américain » ressemble plutôt et comme deux gouttes d’eau à une capitulation forcée. On comprend d’ailleurs pourquoi les dirigeants iraniens ont accusé une fin de non recevoir et rejeté cette prétendue feuille de route qui n’est ni plus ni moins qu’une obligation de soumission aux diktats et aux desideratas d’un belligérant ayant la ferme conviction d’avoir déjà gagné la guerre, ce qui est loin d’être le cas bien évidemment.
C’est un véritable marché de dupes en fait que proposent les Américains aux mollahs à qui ils demandent tout simplement de baisser leur froc et de rendre sans plus tarder leurs armes et plus particulièrement leurs missiles balistiques. Pourquoi Washington veut-il réduire drastiquement les capacités balistiques de Téhéran « en portée et en quantité » ?
Pour que le protégé israélien puisse dormir à l’avenir sur ses lauriers bien évidemment, et partant, avoir les coudées franches et agir à sa guise sans être inquiété le moins du monde pour mettre sous sa botte l’ensemble du Moyen-Orient.
Ce que Washington feint d’ignorer c’est que cette énième guerre qui embrase actuellement, et dont l’onde de choc se répercute aux quatre coins de la planète, est bien partie pour s‘installer dans une durée indéterminée. Malgré les bombardements massifs et aveugles de la coalition américano-sioniste, le régime iranien est loin d’accuser le coup.
Non seulement il tient tête à ses agresseurs mais il riposte également avec une redoutable résilience sur des cibles et des infrastructures stratégiques en Israël notamment qui subit les effets pervers de l’aventurisme suicidaire de son génocidaire Premier ministre.
Plus d’un mois après le début de cette sordide guerre, l’impression qui se dégage, corroborée du reste par des preuves formelles et des faits indiscutables, c’est que l’Iran est un pays structuré, idéologiquement mobilisé et surtout, surtout bien préparé à une guerre asymétrique. Le fait de penser que cette nation à la civilisation millénaire peut s’effondrer sous pression extérieure relève, par conséquent, du pur fantasme.
En soumettant un plan, véritable attrape-nigauds, diront les mauvaises langues, l’administration Trump tente de toute évidence à trouver une issue pour sortir d’une asphyxiante et non moins dangereuse impasse qu’elle a elle-même créée. Sans cohérence stratégique, sans crédibilité politique et sans compréhension des dynamiques iraniennes, cette supposée feuille de route était vouée dès le départ à l’échec.
Visiblement enlisé dans une guerre que d’aucuns diront qu’il n’a jamais voulue mais qui lui a été imposée de force par Israël et les soufifres de son administration à la solde du lobby sioniste, le président américain se retrouve dans une sacrée galère.
La question qui s’impose est de savoir s’il cherche réellement la paix ou une sortie honorable d’un conflit qu’il ne contrôle plus et fait peser une lourde menace sur sa carrière politique. Pour des considérations objectives, la deuxième hypothèse parait, à bien des égards, la plus proche de la réalité…
C.B.

