Demain, la plus vieille organisation ouvrière en Tunisie accouchera d’une nouvelle direction et marquera, peut-être, la fin d’une longue et ô combien douloureuse gestation. Demain, devrait émerger le nouveau bureau exécutif de l’UGTT qui a soufflé le 20 mars son 80è anniversaire.
Huit décennies après le congrès constitutif tenu à l’Ecole Khaldounia le 20 mars 1946 et qui a vu l’élection de son Secrétaire général emblématique, Farhat Hachad, la très puissante centrale syndicale, qui a beaucoup perdu de son aura ces dernières années, tente aujourd’hui, quasiment, l’ultime chance de survie. C’est en effet tout l’héritage de l’UGTT qui se trouve aujourd’hui suspendu aux urnes du 26è congrès électif qui a démarré hier à Monastir.
Plus de 90 candidats sont déclarés en lice pour un mandat au sein du Bureau exécutif d’une l’Union plus que jamais minée par les querelles internes et complètement écartée du dialogue social et politique. Demain, lorsque seront proclamés les résultats du scrutin, l’on saura de quoi sera fait l’avenir de ce qui a très récemment été un acteur incontournable de la vie politique et un contre-pouvoir majeur de défense des droits économiques et sociaux dans notre pays.
Au-delà des personnes qui prendront demain la relève à la tête de l’organisation ouvrière, c’est bien l’avenir même du syndicalisme dans la Tunisie d’aujourd’hui qui semble se jouer dans ce congrès. Beaucoup d’observateurs estiment que l’UGTT joue aujourd’hui sa crédibilité historique. Si elle parvient à se réformer, elle pourra encore incarner le contre-pouvoir indispensable à toute société en mutation.
Si elle échoue, c’est le patrimoine syndical cumulé des décennies durant et l’incarnation de la lutte pour les droits économiques et sociaux, les libertés individuelles et collectives et la justice sociale qui vont être dilapidés.
Depuis le tournant du 25 juillet 2021 et l’installation progressive de nouveaux paradigmes de gouvernance politique et sociale par Kaïs Saïed, la centrale syndicale s’est retrouvée dans une position inconfortable, tiraillée entre le « devoir » de l’opposition et le « droit » à la contestation et au dialogue. Depuis toujours, les spécialistes croient que l’UGTT n’est pas un simple syndicat comme les autres. Elle est à la fois organisation de défense des travailleurs, acteur politique et éclaireur dans les moments de crise.
L'absence d'une centrale syndicale forte et unie constitue un vide dangereux. Un contre-pouvoir démocratique, légitime et organisé devient indispensable pour peser sur les orientations politiques et protéger les droits fondamentaux des travailleurs.
Le congrès de mars 2026 apparaît ainsi comme un moment de vérité. Parce qu’à l’heure où les défis se multiplient et les inégalités s'approfondissent, l'organisation syndicale aurait dû être au cœur des débats, mais c'est le contraire qui s'est produit. L'UGTT s'est isolée, déchirée par les divisions internes et incapable de proposer une vision claire adaptée aux défis économiques et sociaux du pays.
Demain, à Monastir, les urnes ptononceront le dernier mot. Elles diront si la plus ancienne organisation ouvrière de Tunisie a encore la force de se réinventer dans un pays qui cherche désespérément des repères et des garde-fous. La réponse à cette question dépasse de loin le seul cercle des syndicalistes, parce qu’elle intéresse quasiment tous les Tunisiens qui devaient savoir que sans un contre-pouvoir social solide, les droits économiques et sociaux sont compromis.
H.G.

