Pour des centaines de milliers de Tunisiens, les vacances et les fêtes tendent malheureusement à être toujours troublées par un calvaire éternel qui s’appelle transport. A l’approche de l’Aïd El Fitr, prévu demain ou après-demain, des pans entiers de la population prennent la route pour rejoindre leurs familles dans les régions. Les autoroutes sont saturées, les routes nationales encombrées, les gares prises d’assaut et les stations de transport collectif débordées par des voyageurs qui peinent à trouver une place.
Ce phénomène n’a rien d’exceptionnel en soi, car les grands déplacements saisonniers existent dans tous les pays. Mais en Tunisie, il prend une dimension particulière, révélant les limites structurelles d’un système de transport public incapable de répondre à une demande pourtant prévisible.
La (mauvaise) règle veut ainsi que durant les jours précédant les vacances scolaires ou les fêtes religieuses, la circulation devient chaotique. Les embouteillages s’étendent sur des kilomètres, les retards s’accumulent et les voyageurs sont contraints de recourir à des solutions improvisées, parfois dangereuses. Le calvaire se répète au retour, lorsque l’on droit reprendre le chemin du retour après des jours passés dans les villes natales. Cette ruée massive met à nu la fragilité d’un modèle de mobilité largement dépendant de la voiture particulière et d’un transport collectif routier insuffisant.
Le problème est chronique d’autant que la voiture particulière est devenue un luxe inaccessible à la majorité des ménages qui voient leur pouvoir chuter brutalement. Dans ces conditions, le transport public devrait normalement être accessible, fiable et durable. Or, malgré les efforts annoncés pour renforcer le parc de bus ou moderniser certaines lignes, les résultats restent très en deçà des besoins réels.
Le transport routier, fortement dépendant du carburant importé, coûte excessivement cher à la collectivité et demeure vulnérable aux fluctuations des prix de l’énergie. Une situation qui exige des solutions radicales. Il ne s’agit pas uniquement d’investir dans l’augmentation du nombre de bus ou dans l’élargissement des routes. L’expérience dans le monde montre que les pays qui ont réussi à résoudre durablement leurs problèmes de mobilité sont ceux qui ont investi massivement dans le transport ferroviaire.
Le train reste, de loin, le moyen de transport collectif le plus efficace, le plus sûr et le plus économique à long terme, surtout lorsqu’il repose sur une électrification complète et sur l’utilisation des énergies renouvelables.
Pour la Tunisie, qui consacre chaque année des sommes considérables à l’importation du carburant, le développement d’un réseau ferroviaire électrique représente une nécessité stratégique. Un tel choix permettrait non seulement de réduire la facture énergétique, mais aussi de désenclaver les régions de l’intérieur, longtemps marginalisées faute d’infrastructures modernes. Aujourd’hui encore, plusieurs gouvernorats restent mal desservis, ce qui accentue les inégalités territoriales et freine le développement économique.
Depuis plus d’une décennie, les gouvernements successifs ont annoncé de nombreux projets ferroviaires sans qu’aucun ne se concrétise réellement. Des lignes reliant Sousse à Kasserine via Sidi Bouzid, Enfidha à Kairouan, ou encore Gabès à Médenine et Zarzis ont été présentées en grande pompe avant de disparaître des priorités. Plus récemment, le projet de train à grande vitesse reliant le nord au sud du pays a été évoqué comme une composante majeure du plan de développement 2026-2030.
L’annonce de l’examen des études techniques lors du conseil ministériel du 25 février 2026 a ravivé l’espoir, mais les Tunisiens attendent désormais des réalisations concrètes, et non de nouvelles promesses.
Au train où vont les choses aujourd’hui dans le secteur du transport en Tunisie l’urgence est de définir une véritable stratégie nationale de mobilité, fondée sur le rail électrique et sur l’intégration des énergies renouvelables. Le pays dispose d’un potentiel important en matière solaire et éolienne, qui pourrait alimenter un réseau ferroviaire moderne, rapide et accessible à tous.
H.G.

