Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
Un cessez le feu qui vaut une victoire pour Téhéran…
Alors que chaque camp crie victoire, certains observateurs estiment que la trêve annoncée par Donald Trump confirme que l'Iran est une vraie puissance militaire. A quoi faut-il s'attendre dans la période à venir?
Les Etats-Unis et l’Iran ont annoncé hier avoir remporté une victoire après avoir conclu un accord de cessez-le-feu de deux semaines, en échange de la réouverture du détroit d’Ormuz. Une trêve qu’Israël a déclaré soutenir, tout en précisant qu’elle n’incluait pas le Liban. Que pensent les experts de ces déclarations contradictoires ? Pour l'avocat, Me Houssem Eddine Ben Atiya : " si on croit le président américain Donald Trump, il s'agit d'une victoire totale et complète.
Mais, la réalité est tout autre puisque la principale question et qui a été à l'origine du déclenchent de cette guerre est toujours en suspens. Trump lui-même affirme que la question de l’uranium iranien serait réglée « de la meilleure manière possible », mais a refusé de dire s’il renouvellerait ses menaces antérieures de détruire les centrales électriques et les ponts iraniens en cas d’échec de l’accord. Il a également laissé entendre que la Chine aurait pu faire pression sur l’Iran pour qu’il revienne à la table des négociations.
Donc, crier à la victoire est difficile à croire. Et même si les dégâts sont énormes, il s'agit bel et bien d'une victoire pour l'Iran dont le Conseil suprême de la sécurité nationale iranien a déclaré que « l’ennemi a subi une défaite historique écrasante et indéniable ».mieux encore, les autorités iraniennes ont indiqué que des discussions avec Washington débuteraient vendredi au Pakistan, principal médiateur dans la guerre au Moyen-Orient déclenchée le 28 février et qui a fait des milliers de morts.
Cela confirme que l'Iran est toujours en position de force et que la République islamique tient toujours son sort entre ses mains". Malgré, en outre, l’annonce de l’accord, les autorités bahreïnies ont indiqué qu’au moins deux personnes avaient été blessées dans une attaque de drone iranien hier. S'agit-il alors d'un accord fragile ?
On ne se mord pas deux fois… ?
L'on sait que les USA et Israël avaient attaqué l'Iran alors que les deux parties étaient en pleines négociations à Genève. Pour certains observateurs, l'Iran ne peux pas accepter d'être mordue deux fois par le même serpent, "l’interception hier d’une attaque nocturne contre un complexe gazier à Abou Dhabi qui a entraîné la suspension de la production et fait trois blessés, selon les autorités Émiraties confirme ce constat", nous dira l'universitaire Salem Chérif.
Et d'ajouter : " En plus des dégâts humains, l'enjeu est aussi économique pour les USA et leurs alliés israéliens qui sous la pression internationale ne peuvent continuer à faire cavalier seul. Le détroit d’Ormuz est ainsi devenu l'enjeu principal dont il faut l'ouvrir devant la navigation maritime. D'ailleurs dés l'annonce par les dirigeants iraniens de leur accord pour rouvrir le détroit d’Ormuz « pendant deux semaines » si « les attaques contre l’Iran cessent », les cours du pétrole ont baissé. Mais il faut rester prudent…
Selon, en effet, le ministre des Affaires étrangères iranien, Abbas Araghchi, les forces armées iraniennes surveilleraient le trafic maritime limité dans le détroit pendant la trêve »
Techniquement et selon, par ailleurs, la version persane de l’accord publiée par les médias iraniens, le plan proposé par Téhéran prévoit aussi l’acceptation par Washington de l’enrichissement de l’uranium, un point absent de la version anglaise soumise à l’ONU.
Le Conseil suprême de sécurité nationale a indiqué que les négociations se dérouleraient à Islamabad pendant deux semaines, en précisant que cela ne signifiait pas « la fin de la guerre » et que cette période pourrait être prolongée d’un commun accord.
Sur le plan économique, les marchés ont réagi positivement : les prix du pétrole (WTI et Brent) sont tombés sous les 100 dollars le baril, tandis que les bourses de Tokyo (+5 %) et Séoul (+7,5 %) ont fortement progressé.
Au niveau diplomatique et politique, le secrétaire général de l’ONU António Guterres a salué la trêve, tout en appelant à une paix durable. Enfin, l’Irak a rouvert son espace aérien, et des factions armées pro-iraniennes ont annoncé suspendre leurs attaques pendant deux semaines.
Une trêve qui apaise les tensions sans les résoudre, laissant planer l’ombre d’un conflit prêt à reprendre au moindre faux pas.
M.B.S.M.

