Par Hassan GHEDIRI
En Tunisie, de plus en plus d’entreprises seraient déjà en passe d’opter pour des solutions d’intelligence artificielle (IA) pour remplacer des employés…
C’est ce qu’a affirmé le ministre des Affaires sociales devant le Parlement à l’occasion de l’examen du budget de son département dans le cadre de la nouvelle loi de finances
Dans sa réponse aux questions des députés sur la stratégie du gouvernement pour s’adapter à de telles transformations, notamment en ce qui concerne les droits des travailleurs et leur accès à la sécurité sociale, il a laissé entendre que son ministère s’active à être au diapason de ces progrès à travers l’élaboration d’un plan d’actions qui permet de répondre aux nouvelles exigences.
Il s’agit, dans un premier temps, de combler le vide juridique auquel se confrontent des milliers de personnes travaillant sur les plateformes numériques de travail sur internet en Tunisie, et ce, pour leur garantir au minimum une protection sociale de base.
Plusieurs pistes sont aujourd’hui étudiées par les départements concernés en vue de faire face aux défis posés par l’émergence de nouvelles formes de travail et pour les entreprises et pour les travailleurs.
Selon le ministre, 11 scénarios sont aujourd’hui examinés et qui visent à créer des mécanismes de protection sociale adaptés aux transformations de la sphère professionnelle d’aujourd’hui et de demain.
Un dispositif de sécurité sociale impliquerait un coût annuel pouvant osciller entre 30 et 160 millions de dinars, selon les estimations du ministère des Affaires sociales. La Tunisie n’est donc pas en marge des transformations radicales et profondes associées à l’automatisation accélérée des métiers dans le monde.
L’IA, qui commence à changer le mode de fonctionnement de plus en plus d’entreprises en Tunisie comme l’avait souligné le ministre des Affaires sociales à l’hémicycle, pourrait certes apporter des gains de productivité et de nouvelles opportunités, mais elle met en même temps le marché du travail devant des défis majeurs. Certaines études indiquent que des millions de postes pourraient disparaître dans les prochaines décennies.
Changements profonds
L’IA ne se contente pas de supprimer des emplois mais elle modifie en profondeur la nature de nombreux métiers existants. Avec son essor, les compétences requises sur le marché du travail évoluent rapidement, forçant les entreprises à s’adapter et imposant à l’Etat de reconsidérer les systèmes de formation et d’enseignement. Il semble d’ailleurs qu’il y a une conviction chez l’exécutif de la nécessité d’engager les réformes pour s’adapter à la nouvelle ère numérique.
Lors de l’examen la semaine dernière du budget du ministère chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique le gouvernement a envisagé de revoir les programmes de formation dispensés dans les établissements d'enseignement supérieur pour les adapter à la nouvelle donne et à étudier toutes les voies de transition vers les nouvelles exigences de l’économie basées sur la numérisation, l'innovation, l'entrepreneuriat.
Les universités tunisiennes ont déjà été invitées à définir les axes stratégiques sur lesquels devait s’articuler leur plan de réforme pour être au diapason des transformations numériques.
Les défis posés par l'intelligence artificielle imposent en effet une refonte des disciplines de formation pour investir dans les compétences connaissant une demande croissante aux niveaux national, régional et international.
Face à ces bouleversements inévitables, le gouvernement doit prendre toutes les dispositions à même de garantir à la fois la sécurité sociale des travailleurs menacés par l’automatisation et l’intégration de l’économie tunisienne dans la transformation numérique mondiale.
Ceci implique la création de mécanismes de protection adaptés aux nouvelles formes d’emploi, mais également une refonte intégrale des systèmes de formation pour préparer les générations futures aux métiers émergents. Plusieurs pays ont déjà amorcé cette transition en adoptant des cadres juridiques flexibles qui encouragent à la reconversion professionnelle et en investissant massivement dans les spécialités numériques.
La Tunisie doit alors accélérer ses réformes pour protéger ses citoyens tout en saisissant les grandes opportunités offertes par l’IA à l’économie.
H.G.

