Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
Selon le dirigeant au sein de l’opposition syndicale, Habib Jerjir, le prochain congrès de l’UGTT va enliser les structures de l’organisation dans leurs divisions plutôt que de les résoudre. Quel avenir, alors, pour la Centrale syndicale au vu de ces accusations ?
Pendant que les préparatifs vont bon train à quelques jours de la tenue du prochain congrès de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) prévue pour les 25, 26 et 27 mars à Monastir, les tensions internes à se sont nettement ravivées. En témoigne ce statut posté sur sa page Facebook par le dirigeant au sein de l’opposition syndicale, Habib Jerjir, lequel n’a pas hésité de qualifier ce congrès de « rassemblement de tous les putschistes à l’origine de la crise qui secoue l’organisation depuis des années ».
Jerjir estime, en effet, que « ce congrès va enliser les structures de l’organisation dans leurs divisions plutôt que de les résoudre ». Et d’ajouter : « Il est évident que la bureaucratie syndicale cherche à se repositionner en usant tous les stratagèmes, y compris la fraude. Nous dénoncerons tous cela au moment opportun».
Pour le juriste et activiste Salem Cherif : « Nous assistons depuis l’annonce de la date de ce congrès à un dialogue de sourds. D’un côté, l’actuelle direction et à sa tête la Commission administrative et de l’autre, l’opposition syndicale. A noter que la Commission administrative a tenu vendredi dernier sa réunion hebdomadaire choisissant au passage le slogan général du congrès « Attachés aux principes et garants des droits et des libertés ».
Pour l’opposition syndicale, ce slogan doit être plutôt : « Attachés à l’esprit putschiste et déterminés à détruire l’héritage syndical de l’organisation du leader Farhat Hached. On voit, alors, mal comment rapprocher les uns des autres à la veille d’un congrès qui s’annonce très chaud ». Quel avenir, justement, pour la Centrale syndicale au vu de ces accusations ?
Un avenir flou …
«De l’avis de tous les observateurs, jamais l’Union générale tunisienne du travail n’a vécu une crise interne aussi grave, « D’habitude, l’UGTT est attaquée par les régimes en place depuis l’indépendance. Alors, aussi bien les dirigeants que la base syndicale faisaient toujours front et sortaient vainqueurs de toutes les épreuves. La donne a changé cette fois-ci et c’est de l’intérieur que la Centrale syndicale est visée », nous dira notre interlocuteur du jour, l’activiste Salem Chérif.
Et d’ajouter : « Au vu de la situation actuelle, on voit mal comment ce congrès va mettre fin à cette crise. Pis encore, si on n’agit pas à temps, la crise va s’enliser davantage. Alors, il faut, à mon avis, prendre des mesures exceptionnelles voire douloureuses comme l’intégration de l’opposition syndicale au sein des structures de l’Union générale tunisienne du travail et permettre à ses dirigeants de constituer des listes et se présenter aux élections. Ce congrès doit être le congrès de la réconciliation, si on veut sauver la Centrale syndicale et derrière les intérêts des milliers des travailleurs ».
Cela étant et afin d’éviter que les résultats de ce congrès ne soient contestés au niveau juridique, on croit savoir que le secrétaire général de l’UGTT, Noureddine Tabboubi, s’apprête à s’appuyer sur l’avis de quatre avocats dont le bâtonnier de l’Ordre national des avocats, Boubaker Ben Thabet, l’ancien bâtonnier Fadhel Mahfoudh, Abdeljaébbar Nsiri Yousfi et Abdessalem Nsiri, afin de s’assurer de la conformité des procédures juridiques portant sur l’organisation de ce congrès extraordinaire, d’autant qu’il s’agit d’un congrès électif.
Pour l’activiste Salem Chérif, « il faut que tous les membres du bureau exécutif démissionnent pour convoquer un congrès extraordinaire électif qui n’est pas par ailleurs le cas, d’où ces inquiétudes concernant ce congrès qui pourrait faire l’objet de plusieurs contestations, notamment au niveau juridique ».
Entre accusations d’intrigues internes et menaces de contestations juridiques, l’UGTT se tient à un carrefour décisif : réconcilier ses rangs ou risquer de perdre la confiance de ses milliers d’adhérents. Le congrès qui s’annonce pourrait bien décider de l’avenir immédiat de la Centrale syndicale.
M.B.S.M.

