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Le cash atteint un niveau record inédit de plus de 28 MD : L’effet ramadan, oui. Mais…

Par Hassan GHEDIRI

Environ 650 millions de dinars monnaie fiduciaire sont venus grossir le volume du cash circulant en Tunisie depuis le début du mois de ramadan…

Mois des dépenses par excellence, le mois du jeûne a donné un coup d’accélérateur supplémentaire à une, déjà, très importante liquidité déversée dans l’économie. Selon les indicateurs mis à jour le 16 mars 2026, la Banque centrale de Tunisie a estimé le volume de billets et de pièces de monnaie en circulation (BMC) en Tunisie à 18,139 milliards de dinars (MD), soit un niveau jamais atteint de toute l’histoire du pays.

En seulement trois semaines, à peu près de 650 millions de dinars sont en effet venus grandir davantage la masse considérable du cash circulant dans l’économie, et ce, depuis le dernier décompte rendu public le 24 février dernier, soit au quatrième jour de ramadan quand le fameux compteur des BMC de la BCT affichait 27,5 MD.
L’effet du mois sacré de ramadan est incontestable et ce pour au moins deux facteurs majeurs et indissociables.

D’une part, à cause d’une augmentation quasi-systématique des prix à la consommation des produits alimentaires malgré les tentatives des autorités publiques à juguler ce phénomène par le renforcement du contrôle. De l’autre côté, pendant ramadan, les ménages tunisiens dépensent généralement plus d’un tiers de plus en alimentation en comparaison aux autres mois de l’année.

Pourtant, la hausse vertigineuse du cash dans l’économie en Tunisie n’a rien de conjoncturelle. Cela fait, en effet, plus d’une décennie que le volume des BMC suit une courbe exponentielle passant de niveaux inférieurs à 10 MD avant 2015, à plus de 28 MD actuellement. Il a donc presque triplé en dix ans. Nombreux sont les économistes qui se sont penchés sur le phénomène tentant de décortiquer ses causes et ses conséquences de recommander des réformes pour y remédier. 

Selon l’expert en économie et ancien ministre du Commerce, Mohsen Hassan, l’augmentation accélérée du volume des billets et monnaies en circulation observée ces derrières années reflète la réaction des agents économiques aux mutations réglementaires et financières.

L’entrée en vigueur de la loi n°2024-41 relative aux chèques, qui pose des exigences plus strictes en matière de provision et de responsabilité, a profondément modifié, selon lui, les comportements de paiement, poussant de nombreux commerçants et particuliers à privilégier le règlement en espèces afin d’éviter les risques de rejet ou de litige. Et de souligner l’expansion du secteur informel qui continue de fonctionner en grande partie en dehors des circuits bancaires pour échapper au contrôle fiscal.

L’expansion du cash pose ainsi un défi majeur, d’après Hassan, du fait qu’il s’agit d’un énorme volume d’argent circulant en dehors du circuit des banques, ce qui réduit considérablement le financement de l’économie et affaiblit la politique monétaire de la Banque centrale. La prédominance des paiements en espèces favorise par ailleurs l’évasion fiscale et prive l’Etat de ressources nécessaires au financement des services publics.

Pour inverser cette tendance, Mohsen Hassan plaide pour une stratégie progressive favorisant la généralisation des paiements digitaux à faible coût, l’extension de l’inclusion financière à travers des comptes simplifiés accessibles à tous, la limitation graduelle des paiements en espèces pour les transactions importantes, ainsi que la mise en place d’avantages fiscaux encourageant l’utilisation des moyens de paiement électroniques. Il espère enfin que le futur code de change, actuellement en gestation, mettra en place des mécanismes qui contribueront à réduire durablement l’usage au cash dans l’économie.

M.B.S.M. 

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