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Festival de la chanson tunisienne : Ils se sont distingués…

 

Par Imen Abderrahmani

 

Après trois jours de compétition, la 24ème édition du Festival de la chanson tunisienne s’est achevée dimanche soir au Théâtre de l’Opéra de Tunis, couronnant la chanteuse Najoua Omar du Microphone d’Or.

 

Le palmarès de cette édition, organisée du 5 au 8 mars 2026, a été dévoilé lors d’une cérémonie de clôture tenue devant un public modéré et en présence de la ministre des Affaires culturelles.

Le Microphone d’Or, distinction suprême du festival, a été attribué à la chanson « Idi Ala Khadi », interprétée par Najoua Omar, sur des paroles de Habib Mahnouch et une composition de Mounir Gadhab.

Dans la compétition consacrée à la production de chansons, le deuxième prix est revenu à Oussama Lajili pour « Habit Ngani Al Hobb », qu’il a composée sur des paroles de Msallem Ben Slimane, avec un arrangement de Montassar Mohamed Ali. Le troisième prix a été attribué à Raoudha Abdallah pour « Lik », qu’elle a écrite et composée, avec un arrangement signé Sami Ben Saïd.

Le prix de la meilleure interprétation individuelle a distingué Molka Maâroufi pour la chanson « Ya Chagla Beli » de Ali Riahi, tandis que le prix de la meilleure composition est revenu à Amine Ayadi pour son œuvre instrumentale « Swaleh ». Le palmarès a été proclamé par un jury composé des artistes Adnen Chaouachi, Najet Attia, Sami Maâtoug, Hatem Guizani et Amine Kholsi.

La soirée de clôture a été ponctuée par la participation de la chanteuse marocaine Latifa Raâfat, qui a offert au public un cocktail musical maghrébin. Dans une brève intervention, l’artiste a exprimé sa gratitude envers la Tunisie, rappelant que le public tunisien l’avait accueillie et encouragée lors de ses débuts dans les années 1980. L’artiste marocaine a salué le niveau des musiciens tunisiens et leurs compétences reconnues à l’échelle régionale et internationale. Elle a également interprété la chanson « Chehloula » du grand artiste Ahmed Hamza, suscitant l’enthousiasme du public qui s’est joint à elle pour la reprendre en chœur.

Autre moment marquant : la réunion sur scène de plusieurs figures emblématiques de la chanson tunisienne, dont Adnen Chaouachi, Fethi Zghonda, Chokri Bouzayène, Najet Attia et Habouba, considéré comme le roi de la chanson populaire en Tunisie.

Repenser le choix scénique

Malgré la clôture en beauté de cette soirée et des précédentes, le choix scénique a suscité  des réserves. Les musiciens de l’Orchestre National de Musique, dirigés par le maestro Youssef Belhani, étaient installés au niveau inférieur de la scène, face aux chanteurs évoluant sur le plateau principal, tandis qu’un décor numérique occupait l’arrière-plan.

Cette configuration a partagé le public : si certains y ont vu un parti pris visant à mettre le chanteur au premier plan, d’autres ont regretté une visibilité réduite des musiciens sur scène.

Or, dans un spectacle musical, le musicien demeure un acteur essentiel de la performance. Sa présence dépasse largement l’accompagnement sonore : elle s’inscrit dans un dialogue constant avec l’artiste. Les échanges de regards, l’interaction avec le chanteur, la complicité avec les autres instrumentistes et, parfois, avec le public, participent pleinement à l’énergie du spectacle. La visibilité de l’orchestre contribue ainsi à rappeler que la chanson, sur scène, reste avant tout une œuvre collective.

Réinventer le festival 

Au-delà du palmarès, la clôture de cette édition invite aussi à réfléchir à l’après-festival. La diffusion des chansons primées sur les radios et les plateformes numériques apparaît essentielle pour prolonger l’élan de la compétition. La relance des accords conclus entre le ministère des Affaires culturelles, les organisateurs du festival et certaines stations radiophoniques pourrait constituer un premier levier pour offrir à ces œuvres une plus large visibilité.

Une autre piste consisterait à faire vivre le festival tout au long de l’année, à travers des concerts, des rencontres professionnelles ou des tournées mettant en avant les artistes révélés par la compétition. Un tel prolongement permettrait de consolider le rôle du festival comme espace de découverte et de promotion de la chanson tunisienne. Car au-delà de la cérémonie et des distinctions, l’enjeu reste de transformer cette reconnaissance ponctuelle en véritable tremplin artistique pour les talents qui s’y distinguent.

Il est également temps pour réfléchir à restaurer la mémoire de ce festival qui a été créé dans les années 60 et qui a traversé tant de difficultés, s’éclipsant même pendant onze ans, pour retrouver après sa place dans le paysage culturel. Sur sa scène, se sont succédé des générations de chanteurs et de musiciens tunisiens, faisant de cette manifestation bien plus qu’un simple rendez-vous musical: un véritable témoin de son époque et des transformations qu’a connues la scène musicale tunisienne.

La publication d’un ouvrage richement illustré, réunissant les témoignages de différentes générations de chanteurs et de musiciens, pourrait constituer un premier pas. Ce livre pourrait donner lieu à une série de rencontres et de débats. De même, la réalisation d’un film documentaire retraçant les années de gloire de cette manifestation, projeté à l’occasion de divers événements artistiques, contribuerait à prolonger sa mémoire. Autant d’initiatives qui permettraient au festival de faire entendre son écho bien au-delà de sa tenue annuelle et d’inscrire son impact dans la durée. A méditer !

Imen. A. 

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