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Forum des créatrices arabes à Sousse : Penser, écrire et traduire

Imen ABDERRAHMANI

Pendant trois jours, la traduction sera pensée comme un acte d’écriture, de circulation et de reconnaissance des voix féminines arabes et ce dans le cadre du forum « La créatrice arabe et la traduction », prévu du 16 au 18 avril 2026.

La ville de Sousse vibrera dans quelques jours aux rythmes de la 28ème édition du Forum des créatrices arabes, placée sous le thème « La créatrice arabe et la traduction ».  Organisé par l’Association des femmes créatrices arabes de Sousse, avec le soutien de la Délégation régionale aux Affaires culturelles, ce rendez-vous annuel s’annonce comme un moment fort de réflexion sur la circulation des œuvres et la place des autrices arabes dans le paysage littéraire mondial. 

Bien inscrite dans l’agenda culturel printanier de la ville de Sousse, cette manifestation ouvre chaque année le débat autour d’une question majeure de l’actualité littéraire et artistique.  Au cœur de cette édition, la traduction est envisagée comme une pratique créative à part entière. 

Dans le document de cadrage rédigé par l’universitaire et romancière Amira Ghenim, la traduction apparaît « non comme un simple passage d’une langue à une autre, mais comme un acte interprétatif qui transforme les textes, reconfigure les significations et révèle les rapports entre langues, identités et reconnaissance culturelle ».

La réflexion proposée invite à considérer la traduction comme un prolongement de l’écriture. Lorsqu’une créatrice traduit, elle ne se contente pas de restituer un texte : elle l’habite, y imprime sa sensibilité esthétique et sa vision du monde. Le texte traduit devient alors un espace de réécriture où se rejouent les questions de style, de rythme et d’imaginaire narratif. Ce processus agit comme un laboratoire discret où l’écriture se renouvelle au contact d’autres langues et d’autres formes d’expression, lit-on encore dans ce document qui constitue une feuille de route du forum.

Mais cette circulation internationale des textes demeure traversée par des enjeux complexes. La traduction constitue une condition essentielle de diffusion de la littérature arabe, tout en étant soumise aux attentes du marché éditorial, aux politiques de publication et aux représentations dominantes du lectorat international. Cette tension sera au cœur des débats : la traduction favorise-t-elle la diversité des voix féminines arabes ou participe-t-elle à leur cadrage dans des imaginaires attendus ?

Axes de réflexion pluriels

Les participantes exploreront ces questions à travers plusieurs axes. Le premier s’intéresse à la traduction comme pratique créative et interroge la frontière entre traduction et réécriture, ainsi que la manière dont la voix de l’écrivaine se manifeste dans le texte traduit.

Un second axe abordera l’impact de la traduction sur la relation à la langue maternelle, la formation du bilinguisme et l’infiltration d’autres langues dans l’écriture. Cette réflexion se prolongera par un troisième volet consacré à l’esthétique : comment la traduction participe-t-elle au renouvellement du style, de la narration et de la représentation du temps et des personnages ?

Le programme s’ouvrira par deux sessions scientifiques réunissant Hayat Khayari, Sameh Hamdi et Nessiba Msaadia. La première journée se poursuivra par la projection du film « Ennafoura » (La Maison Dorée), suivie d’une rencontre avec sa réalisatrice, la cinéaste tunisienne Salma Baccar. Cette présence cinématographique élargit la réflexion à la circulation des récits au-delà du champ littéraire.

Le vendredi 17 avril, les communications de Yasmine Amin, Wafa El Gharbi et Chafia El Ghabri se prolongeront par un atelier de traduction organisé à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Sousse, associant les étudiants à la réflexion et couronné par un prix de la meilleure traduction. Cette dimension pédagogique souligne l’importance de la transmission et de la formation de nouvelles générations de traductrices.

La clôture, le samedi 18 avril, réunira Souhir Lahiani, Emna Rmili et Amira Ghenim pour une dernière session suivie d’un débat ouvert avec le public. Ces deux dernières, c’est-à-dire Emna Rmili et Amira Ghenim clôtureront le forum en partageant leur expérience de la traduction, s’appuyant sur leurs romans déjà traduits pour illustrer les défis et les richesses de ce dialogue entre langues. 

I.A.

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