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Accords internationaux : Réviser, c’est bien, se protéger, c’est mieux…!

Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI


Jugés nuisibles aux intérêts tunisiens, certains accords signés avec des pays étrangers et des entités économiques comme l’Union européenne sont dans le collimateur du chef de l’Etat qui a appelé à les réviser. A-t-on, justement, les moyens de revoir ces accords ?

En recevant vendredi dernier au Palais de Carthage le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti, le président de la République, Kais Saied, a appelé à revoir plusieurs accords internationaux que le chef de l’État considère comme nuisibles aux intérêts tunisiens.

Saïed a souligné la nécessité de revoir un ensemble d’accords conclus par la Tunisie au fil des années, qu’il estime « gravement préjudiciables » à l’économie nationale. Selon le chef de l’Etat, plusieurs accords « ont pesé lourd sur plusieurs secteurs stratégiques », rappelant que la politique étrangère tunisienne « doit rester guidée par la souveraineté, l’indépendance de décision et la protection des ressources nationales ». Quels sont, de fait, ces accords visés par le chef de l’Etat et quel est l’impact de cette révision sur l’économie nationale ?

Interrogé à ce sujet, l’expert en économie et en finance, Mohamed Salah Jennadi, nous a confié : « On ne peut pas deviner de quel accord il s’agit exactement, mais, à mon avis, deux conventions me semblent les plus concernées par la déclaration du président de la République, Kais Saied.

Je cite l'accord Tunisie-Union européenne dont le plus important est l'Accord d'Association de 1995, qui a instauré une zone de libre-échange pour les produits industriels et a établi un partenariat politique, économique et social.

En 2023, l'UE et la Tunisie ont signé également un Mémorandum d'entente sur un partenariat stratégique et global axé sur la migration, l'économie et l'énergie. Il existe aussi un accord sur la coopération scientifique et technologique depuis 2004.

En deuxième lieu, je citerai l’accord signé avec la Turquie signé en 2004 et entré en vigueur en 2005 puis mis à jour en 2023. Reste à savoir, maintenant, comment ces accords vont être révisés et quel est l’effet de cette révision sur l’économie
nationale ?»

Des lacunes à combler…

Même si l’Union européenne est le plus grand client de la Tunisie, l’accord signé avec l’UE a été toujours critiqué par certains experts et composantes de la société civile. « Cet accord expose davantage l’économie tunisienne à la concurrence des produits et des investisseurs européens, notamment l’agriculture et les services, jusqu’ici protégés.

Les effets sociaux de cet accord de libre-échange peuvent constituer une perte de souveraineté économique de la Tunisie », souligne un rapport du Forum économique et sociale publié en 2024.

Selon, en effet, l’Observatoire tunisien de l’économie (OTE), « la majorité des produits agricoles et de pêche tunisiens exportés vers l’Union européenne bénéficient déjà d’un régime préférentiel (huile d’olive, dattes, thon, crevettes, tabac), tandis que les produits majoritairement importés de l’UE sont encore relativement protégés par des droits de douanes élevés (30% en moyenne) ».

L’OTE pointe du doigt le secteur agricole qui représente 17 % des emplois, voire 45 % dans les régions de l’intérieur. Exposée à la concurrence des productions européennes, l’agriculture familiale et paysanne risque d’être extrêmement fragilisée.

Aussi, avec l’Accord dans sa forme actuelle, les secteurs des céréales et de l’élevage, considérés comme des «denrées alimentaires stratégiques», seraient menacés de disparition. Le secteur de la santé souffrirait aussi de l’application de l’ALECA.

Les grandes cliniques européennes pourraient venir s’installer en Tunisie et exercer en toute liberté. Dans son étude sur l’ALECA (Accord de Libre--Echange Complet et Approfondi), le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) craint que cela n’accroisse « la différence entre le secteur public, qui se dégrade, et le secteur privé qui n’est pas accessible à tous ».

Pour l’expert Mohamed Salah Jennadi, : « Même s’il est urgent de procéder à la révision de ces accords, il faut également proposer d’autres alternatives afin d’assurer une transition calme et sécurisée en matière d’économie ».

M.B.S.M.

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