Par Chokri Baccouche
C’est à ne rien comprendre : il y a comme qui dirait quelque chose de foncièrement maso chez certains dirigeants européens. Humiliés, ignorés, rapetissés et taxés par les Etats-Unis jusqu’à la moelle par des droits de douane prohibitifs qui ont mis à mal leurs économies, ces dirigeants n’en continuent pas moins de courir derrière cette Amérique qui les a pourtant abandonnés au bord de la route.
Alors que la guerre contre l’Iran fait rage et que le monde retient son souffle et craint le pire, trois pays européens y ont rajouté une bonne couche en s’alignant sur l’offensive américano-sioniste. La France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne se sont déclarées, en effet, prêtes à mener des « actions défensives » aux côtés des agresseurs américains et israéliens. Lesdites actions n’ont rien de défensives en fait, puisque le trio vise ni plus ni moins qu’à « détruire toute la capacité militaire de l’Iran ».
L’histoire bégaie, mais cette fois on peut dire qu’elle a complètement perdu la voix. La voix de la raison et de la pondération s’entend. Celle du juste milieu qui permet de résorber les crises et d’éviter le pire, surtout s’il s’agit d’une guerre comme celle qui se déroule actuellement au Moyen-Orient dont les retombées potentiellement catastrophiques menacent de se répercuter aux quatre coins de la planète.
Faute de faire preuve d’un réalisme de bon aloi en faveur de la paix et au bénéfice de l’ensemble de l’humanité, une partie de l’Europe a donc choisi l’escalade en s’apprêtant à jeter une bonne quantité d’huile sur le feu.
Frustrés d’avoir été traités avec beaucoup de mépris par le président américain, les dirigeants du Vieux continent cherchent apparemment à se refaire une nouvelle virginité… virile sur le dos des Iraniens, en prenant fait et cause pour une… cause injuste au prétendu motif de défendre les intérêts de l’Europe ainsi que ses alliés dans la région. L’argumentaire, loin d’être objectif, ne risque pas de convaincre grand monde, et pour cause !
Pendant des années, Bruxelles a prôné une «autonomie stratégique» qui devait lui permettre de peser entre les blocs. Aujourd'hui, ce concept semble réduit à néant. En suivant une administration américaine qui a fait preuve d’un acte de banditisme politique en s’attaquant à l’Iran, les dirigeants européens valident en fait une doctrine de « changement de régime » imposée par l’extérieur.
Qu’on le veuille ou non, ils risquent de se rendre, par conséquent, complices d’une agression militaire contre un pays souverain qui n’a aucune assise légale, recevable du point de vue du droit international. Pis encore, ils deviennent inévitablement les idiots utiles des intérêts américains et ceux du génocidaire Premier ministre israélien, Netanyahu.
La raison en est qu’en se laissant entraîner dans une guerre dont ils n’ont même pas été informés, ils font preuve d’un zèle inutile qui ne va rien leur rapporter de surcroît ou presque. Les Européens ne risquent pas en effet de gagner grand-chose en s’embarquant dans cette aventure à haut risque. Tout au plus, ils pourront décrocher avec un peu de chance quelques petits contrats d’armement avec les monarchies du Golfe en guise de remerciement pour leur geste.
Mais encore faut-il que l’ogre américain, qui a tout raflé au passage par l’intermédiaire du vorace Trump, daigne leur laisser quelques miettes pour subsister jusqu’à la saison prochaine, comme disait La Fontaine.
Heureusement qu’il y a des exceptions de bon aloi dans cette Europe désunie qui semble avoir perdu son sens du discernement et refuse obstinément surtout de s’émanciper et s’affranchir du joug américain. La position plus qu’honorable de l’Espagne dans cette nouvelle crise moyen-orientale est un rayon de soleil et d’espoir dans la morosité ambiante. Depuis le début des hostilités contre le régime des mollahs, Madrid tient en effet une ligne ferme contre l’interventionnisme américain.
Là où l’Europe encourage la coopération militaire, la péninsule ibérique rejette catégoriquement que les bases d’Andalousie soient utilisées par les forces américaines dans le cadre de leur offensive contre l’Iran. Le « non à la guerre » martelé par le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, est un acte de souveraineté et de courage. Il puise sa légitimité, son sens et son essence des principes immuables et des valeurs de droit et de justice auxquels le fier peuple espagnol, gouvernants et gouvernés, croit.
Tout au long de la guerre à Gaza, l’Espagne a non seulement dénoncé les crimes de guerre israéliens mais elle a également décidé de reconnaitre officiellement l’Etat palestinien. Comme il fallait s’y attendre, la posture intransigeante du gouvernement de Pedro Sanchez a froissé l’ego du fantasque Donald Trump qui a menacé, en représailles, de rompre tous les liens commerciaux avec l’Espagne.
Des menaces qui n’ont pas eu plus d’effet qu’un simple coup d’épée dans l’eau : « Nous sommes opposés à ce désastre (…), des millions de citoyens et de citoyennes qui, dans toute l'Europe, en Amérique du Nord et au Moyen-Orient, ne demandent pas pour demain plus de guerre ou plus d'incertitude. Nous ne serons pas complices par peur de représailles», a déclaré le Premier ministre espagnol à l’adresse du président américain. Aux hommes bien nés, la valeur s’exprime haut et fort sur l’autel de la liberté et la souveraineté. Olé !...
C.B.

