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Editorial : Le devoir d’honorer ses promesses - Par Hassan GHEDIRI

Au mois de novembre dernier, la grogne populaire a atteint son comble à Gabès sur fond d’une flambée des intoxications causées par le Groupe chimique tunisien (GCT). Les habitants, livrés à leur sort, ont passé des jours à compter les cas d’asphyxie parmi les élèves des écoles et des collèges étouffés par les fumées de souffre, d’ammoniac et de fluor.

Une colère populaire ardente s’était soudainement déversée dans les rues de la ville prise en otage par le complexe industriel, faisant retentir une revendication forte mais très justifiable, qui est le démantèlement pur et simple des unités polluantes.

La réaction des autorités, qui s’est fait longuement attendre, s’est manifestée par des promesses présidentielles d’engager des solutions «urgentes» et «immédiates» réaffirmant la détermination de l’Etat à garantir le droit légitime des Tunisiens à vivre dans un environnement propre, sain et débarrassé de toute forme de pollution.

L’élaboration d’un plan d’actions à mettre en œuvre dans l’immédiat a été alors confiée à un groupe de compétences qui devait pouvoir proposer des réponses à la crise de pollution et qui rassurent la population.

Deux mois étaient nécessaires pour cette équipe afin de pouvoir parachever sa mission et formuler ses recommandations supposées mettre un terme à la crise. Avant-hier 13 janvier 2026, le groupe d’experts a remis au Chef de l’Etat son rapport final qui, d’après un communiqué de la présidence diffusé à la même occasion, ne dit pas grand-chose.

Sans entrer dans les détails, l’on se contente en effet de dire que les recommandations formulées par les experts comportent un nombre de mesures censées être « nécessaires » pour mettre un terme aux nuisances provoquées par le GCT à Gabès, et qui toucheraient, toujours selon le communiqué très bref de la présidence, des aspects « techniques », « financiers » et « structurels ».

Une communication trop brève manquant de clarté et qui laisse la population sinistrée à Gabès, mais aussi la société civile et l’opinion publique nationale sur leur faim. Sur les réseaux sociaux, les réactions ont fusé de toutes parts exprimant une sorte de méfiance quant à l’aboutissement de la crise et à la capacité de l’Etat à satisfaire les revendications légitimes mais très exigeantes des riverains.

Parce que, face à une crise environnementale chronique qui tend à devenir quasiment irrémédiable en l’absence de réponses appropriées et efficaces, l’ambiguïté ne fait qu’alimenter les soupçons et prolonger la souffrance des populations.

Il est question d’un problème de santé publique nécessitant beaucoup de transparence et de clarté dans la communication du gouvernement qui doit rendre publics les résultats de ses audits et ses diagnostics, dévoiler les échéances et prendre des engagements concrets à même de restaurer la confiance des citoyens dans les institutions.

Les autorités ont aussi le devoir d’assumer pleinement leurs responsabilités, au-delà des changements de conjoncture ou de priorités politiques, et d’honorer les engagements pris selon le principe fondamental de la continuité de l’Etat. Il s’agit d’être à la hauteur des promesses d’un environnement sain et d’assumer les conséquences des choix qui seront pris.

H.G.

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