contactez-nous au 71 331 000
Abonnement

Editorial : La malédiction de l’or noir…

Par Chokri Baccouche

Que ne fait-on pas au nom du pétrole ? La question se pose et s’impose avec insistance particulièrement par ces temps où la mainmise des grandes puissances par la force sur les ressources énergétiques des plus vulnérables est devenue très à la mode.

Au nom de l’or noir, on peut, en effet, déstabiliser des régimes, fomenter des complots pour inventer des guerres, assassiner des dirigeants qui refusent d’appliquer à la lettre les diktats qu’on leur impose, fussent-ils au détriment des intérêts de leur pays et de leur peuple.

On peut même dépêcher un commando armé jusqu’aux dents avec pour mission de capturer un président démocratiquement élu avant de le transférer hors de son pays pour être jugé par ses ravisseurs, comme cela s’est passé il y a quelques jours au Venezuela. Bref, au nom du pétrole, on est capable de faire tous les sales coups, possibles et imaginables, sans aucun remords ni état d’âme.

Les accusations de trafic de stupéfiants et de terrorisme portées par la Maison Blanche contre le président vénézuélien pour justifier le coup d’Etat contre son régime ne sont donc que des pipeaux, de faux prétextes et des alibis pas du tout réalistes et convaincants. L’or noir est en effet le cœur battant des ambitions américaines dans ce pays d’Amérique latine.

Donald Trump ne s’en cache pas et il l’affirme d’ailleurs haut et fort : quelques heures après l’intervention de sa soldatesque, le président américain s’est lancé dans une tirade qui en dit long sur ses véritables intentions : "Nos compagnies pétrolières américaines, les meilleures du monde, vont aller sur place et dépenser des milliards de dollars", a-t-il déclaré.

Et d’ajouter que les Etats-Unis souhaitaient faire main basse sur le pétrole vénézuélien, parce que « le pays détient la plus grosse réserve mondiale. Les sous-sols vénézuéliens sont gorgés de pétrole, surtout sur la ceinture de l'Orénoque. Ils abritent 18 % des réserves mondiales, devançant les plus grands producteurs d’or noir comme l'Arabie saoudite ou l'Iran ».

En contrôlant de bout en bout le pétrole vénézuélien, Washington va permettre bien évidemment aux compagnies américaines d’exploiter toute la production et de réaliser des gains juteux dont l’économie U.S, actuellement en récession, en a ardemment besoin pour sortir de l’ornière. Au demeurant, le pétrole vénézuélien est également une arme stratégique de premier plan pour les Américains.

Quand on sait que 80% du pétrole extrait du sous-sol vénézuélien est vendu jusque-là à la Chine, on saisit mieux les enjeux et les véritables tenants et les aboutissants qui se cachent derrière le coup de force américain au Venezuela. Pour Washington, il fallait donc casser à tout prix la dynamique d’alliance entre Caracas et Pékin et priver ainsi la Chine, son principal rival pour le leadership mondial, d’un atout énergétique  déterminant et éminemment nécessaire pour le maintien de sa croissance économique.

Les experts s’accordent également à penser, à juste titre, que le pétrole vénézuélien sous contrôle américain permet également à Washington de peser face à l’OPEP et d’influencer les prix, les volumes et les flux. La mainmise des Etats-Unis sur le secteur pétrolier vénézuélien rebat, par ailleurs, les cartes dans la région, avec des recompositions politiques et diplomatiques majeures.

Plus exactement, de nombreux pays d’Amérique latine, ayant maille à partir avec l’impérialisme américain, risquent d’en subir directement et dans les plus brefs délais les fâcheuses conséquences. Cuba pourrait ainsi se retrouver dans l’œil du cyclone. Fortement dépendant du pétrole vénézuélien que lui fournissait l‘ex-président Maduro à des prix préférentiels très bon marché, le pays de Fidel Castro est d’ores et déjà dans le viseur étasunien.

L’homme qui est à la manœuvre du coup bas, en gestation dit-on, contre Cuba s’appelle Marco Rubio. Fils d’exilés cubains farouchement anticastriste, le secrétaire d’Etat et conseiller à la sécurité nationale entend en effet peser de tout son poids pour faire tomber le régime de La Havane en le privant des précieuses et non moins vitales ressources pétrolières vénézuéliennes.

Provoquer une débâcle économique à Cuba, qui entraînerait la chute du régime sans avoir à intervenir militairement, est devenue non seulement une véritable obsession chez Marco Rubio mais également un souhait vivement partagé par le président américain Trump qui place dans son viseur d’autres pays dont notamment le Nicaragua.

Anti-américain et également largement tributaire du pétrole vénézuélien, ce pays a de fortes chances de se retrouver sous peu dans la tourmente dans le cadre d’une stratégie, vicieuse et pernicieuse, que Washington envisage de mettre en place dans l’objectif de renforcer son influence et de neutraliser une bonne fois pour toutes ses opposants.

Après le Venezuela, les coups bas américains promettent donc de pleuvoir dans quelque temps à Cuba, au Nicaragua et dans bien d’autres pays qui sortent de la ligne éditoriale imposée par Washington et surtout qui ont la malchance de posséder d’importantes réserves de pétrole. Assoiffé d’or noir, l’empire attaque à tout va et tire sur ce qui bouge, au vu et au su de tous et dans la quasi léthargie de l’ensemble de la communauté internationale.

Et c’est justement là que le bat blesse et où réside le véritable danger qui fait peser une lourde menace sur la paix et la stabilité fragile dans le monde. A part cela, tout va pour le mieux Madame La Marquise…

C.B.

Partage
  • 25 Avenue Jean Jaurès 1000 Tunis R.P - TUNIS
  • 71 331 000
  • 71 340 600 / 71 252 869