Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
La Fédération générale de l’enseignement secondaire revient à la charge avec cette grève annoncée pour le 7 avril prochain. S’agit-il d’un simple avertissement ou d’un bras de fer qui va s’installer dans la durée avec son lot de perturbation des cours ?
Le secrétaire général de la Fédération générale de l’enseignement secondaire relevant de l’Union générale tunisienne du travail, Mohamed Safi, a indiqué hier sur les ondes de radio Jawhara fm que « la grève prévue pour le 7 avril prochain est maintenue », affirmant que « les mains du syndicat restent tendues pour le dialogue et la négociation ». Safi a également expliqué que « le choix du 7 avril a été fait afin d’éviter les examens nationaux, sachant que les épreuves sportives du baccalauréat débutent le 13 avril prochain».
Il a ajouté que « le ministère de l’Education ne prête pas attention aux revendications légitimes des enseignants, telles que l’augmentation des salaires dans le cadre des négociations sociales, et que sa seule préoccupation est la retenue sur salaire, malgré le fait que la Commission administrative sectorielle prend en compte les engagements moraux des enseignants et leur application à respecter le calendrier scolaire ».
Safi a aussi appelé le ministère de l’Education à « engager des négociations sérieuses avec la Fédération générale de l’enseignement secondaire », soulignant que « les mains restent tendues pour le dialogue, mais sans renoncer aux droits légitimes des enseignants ». S’agit-il d’un simple avertissement émanant du syndicat ou d’un bras de fer qui va s’installer dans la durée avec son lot de perturbation des cours ?
Interrogé à ce sujet, l’avocat et activiste politique, Me Houssem Eddine Ben Atiya, nous a confié ; « A bien lire les déclarations du secrétaire général de la Fédération générale de l’enseignement secondaire, on peut s’attendre à une crise similaire à celles vécues au cours des années précédentes.
En effet, Safi a précisé que les enseignants observeront une grève en présentiel le 7 avril prochain dans les différents établissements éducatifs accompagnée de sit-in de protestation devant les délégations régionales de l’éducation, en attendant de fixer ultérieurement la date d’un rassemblement national et les enseignants seront mobilisés dans toutes les régions. Conjointement, la
Commission administrative sectorielle restera ouverte afin de suivre et d’évaluer les mouvements à venir, en fonction de la réponse du ministère de l’Education aux revendications que les enseignants considèrent comme légitimes, et qui, selon lui, sont restées sans réaction au cours des derniers mois ».
Inquiétudes…
Du côté des parents d’élèves, le risque de voir les scénarios des dernières années se reproduire au cours de cette année scolaire est bien réel. A cet effet, l’Association des parents et des élèves a appelé à l’engagement de toutes les parties de ne plus les impliquer à l’avenir dans les conflits opposant l’autorité de tutelle et les syndicats.
L’Association a aussi demandé le lancement d’une réforme réelle et responsable du système éducatif, ainsi que l’implication des parents et des élèves dans ce processus, tout en soulignant que les droits des élèves à l’éducation et à l’enseignement sont une responsabilité collective et constituent des lignes rouges.
L’organisation a en outre appelé à garantir la considération et les droits légitimes des cadres éducatifs, toutes catégories confondues, comme condition essentielle à la réussite du processus éducatif, tout en insistant sur la nécessité de prendre conscience que l’avenir des élèves est celui du pays ».
Le président de l’Association, Ridha Zahrouni, a de son côté écrit sur sa page Facebook : « Il n’y a aucun avenir pour une société qui ne place pas, au cœur de ses politiques, stratégies, plans et priorités, le développement des capacités de ses ressources humaines, et qui, en même temps, ignore le rôle central de son système éducatif — en particulier de son école publique — pour atteindre les objectifs escomptés ».
Et d’ajouter : « Depuis plusieurs années jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons même pas élaboré l’ébauche d’un projet ou la moindre mesure visant à sauver la situation critique de notre système éducatif, si ce n’est les promesses creuses de l’autorité de tutelle et ses slogans retentissants, destinés à gagner du temps et à rassurer l’opinion publique.
Une opinion publique y compris ses spécialistes, ses responsables politiques, ses élites, ses médias et sa société civile — qui se caractérise souvent par son ignorance de la réalité et par un silence répréhensible, avec des positions superficielles, émotionnelles et fortement marquées par l’égoïsme, ce qui a contribué à l’aggravation de la situation éducative d’année en année ».
Face à cette nouvelle montée des tensions, une évidence s’impose : sans volonté politique réelle et sans compromis responsable entre UGTT et le ministère de l’Éducation, le risque est grand de voir l’école publique continuer à s’enliser dans une crise chronique. Entre revendications légitimes des enseignants et droit fondamental des élèves à une scolarité stable, l’équilibre devient de plus en plus fragile. Plus qu’un simple conflit social, c’est l’avenir même du système éducatif tunisien qui est en jeu, appelant à des décisions courageuses, loin des calculs à court terme.
M.B.S.M.

