Par Hassan GHEDIRI
Les tentatives, trop timides, pour éviter l’irréparable sont en train d’échouer en ce qui concerne la lutte contre la cochenille du cactus en Tunisie…
Les actions entreprises jusque-là pour freiner ou, du moins, ralentir la propagation du très redoutable ravageur des cultures de figues de barbarie s’avèrent insuffi santes et inefficaces. Signalé pour la première fois en 2021 au centre du pays, dans une plantation de cactus dans un petit village à l’ouest du gouvernorat de Mahdia, le dactylopius opuntiae, l’insecte parasite appartenant à une large famille de cochenille du cactus, appelé également « cochenille farineuse », s’est propagé comme une trainée de poudre pour s’installer partout. Après s’être déployée sur le littoral, partant de Mahdia en se propageant progressivement à Sfax, Sousse, Nabeul avant d’atteindre Zaghoaun et Sidi Bouzid, la cochenille a commencé depuis un an à envahir le gouvernorat de Kasserine, c’est-à-dire le plus grand et important bassin de production de figues de barbarie dans le pays. Après les dégâts causés depuis son apparition, en 2021, dans les autres régions de production entrainant une baisse considérable de l’offre sur le marché du fruit estival le plus prisé par les consommateurs tunisiens, la cochenille menace aujourd’hui de décimer la plus grande plantation de figue de barbarie à Kasserine. Il s’agit de la localité de Zelfane qui, avec ses 25 mille hectares dédiés à la culture du cactus, a été pendant toujours la capitale incontestable de la figue de barbarie.
Gardée pendant plus de trois ans à l’abri du redoutable ravageur puisque située à près de 250 km du littoral où ont été déplorés les dégâts dans les plantations de cactus, la capitale de la figue de barbarie se trouve désormais face à face avec l’ennemi. Car, à en croire Mohamed Rachedi Benani, un grand cultivateur de figues de barbarie à Kasserine et qui préside en même temps une association œuvrant pour le développement de cette culture en Tunisie, plusieurs foyers de la maladie ont été identifiés dans les plantations du cactus à Zalfane. Cité par l’agence TAP, cet investisseur a considéré que les efforts qui ont été déployés jusqu’à maintenant pour endiguer la progression de cette maladie se sont avérés insuffisantes et n’augure rien de bon pour l’avenir de la filière.
Chute libre Son association, qui n’a pas cessé d’appeler les autorités à revoir les actions engagées pour contenir ce fléau, s’attend à un effondrement quai-total et imminent de la filière si l’on continue à procéder sans l’implication efficace et coordonnée de tous les acteurs, en l’occurrence les habitants, les agriculteurs et les structures compétentes à l’échelle locale, régionale et centrale. Alors qu’une baisse de production d’’environ 40% est attendue cette saison, la récolte va être encore plus médiocre l’année prochaine avec seulement 50 mille tonnes pouvant être récoltées sur l’ensemble du pays contre une production nationale moyenne dépassant généralement les 250 mille tonnes, amorçant inexorablement le déclin d’une filière agricole stratégique qui fait vivre des dizaines de milliers de familles tunisiennes.
Aujourd’hui, tous les signes laissent croire que la stratégie de lutte mise en place depuis l’apparition de la maladie dans le pays en 2021, et supposée permettre l'éradication des foyers identifiés et éviter la dissémination de la cochenille dans les zones saines, a été un échec.
Des défaillances sont constatées au niveau de la mise en exécution et le suivi des actions prévues par la stratégie. Le Mexique, berceau historique du figuier de Barbarie, où la cochenille avait provoqué de lourds dégâts au début des années 2000, devait inspirer la Tunisie avec l’approche de lutte intégrée et coordonnée entre les institutions scientifiques, les agriculteurs et les pouvoirs publics qui a permis à ce pays d’Amérique latine de maîtriser la propagation de ce ravageur.
Le Mexique a pu éradiquer ce fléau grâce à la lutte biologique moyennant la coccinelle prédatrice de cochenille ainsi que le développement de variétés de cactus plus résistantes. Les coccinelles sont d’ores et déjà utilisées en Tunisie contre la cochenille, mais leur impact reste infime à cause des contraintes techniques empêchant la multiplication à une plus grande échelle de ces prédateurs. D’où la nécessité de doubler les efforts dans ce sens à travers l’implication du plus grand nombre d’instituts et laboratoires privés pour accroitre la population de cette espèce de coccinelle qui a pu sauver la filière de cactus au Mexique et est en passe de le refaire au Maroc, durement affecté par le ravageur depuis 2014.
H.G.