Par Hassan GHEDIRI
La Tunisie se verra infligée des droits de douanes supplémentaires de 25% à compter du 1er août prochain sur tous ses produits exportés vers le marché américain...
Une correspondance officielle signée par Donald Trump a été adressée, lundi, au président Kaïs Saïed pour justifier ce durcissement tarifaire inédit à l’encontre des exportations tunisiennes. Une décision prise dans le cadre de la politique commerciale de la nouvelle administration américaine destinée à rééquilibrer les relations commerciales jugées trop avantageuses pour les partenaires des USA au détriment des intérêts des Américains.
Dans la lettre adressée à Saïed faisant partie d’un courrier adressé simultanément aux autres pays concernés par cette décision, le président américain dénonce ce qu’il considérait comme des barrières commerciales et des politiques tarifaires et non tarifaires appliquées par la Tunisie et qui ont contribué à des déficits importants aux dépens des USA. Pour rectifier la situation et rendre la relation commerciale avec la Tunisie plus équilibrée, Donald Trump note dans sa correspondance que les échanges vont désormais être plus équilibrés à travers l’application des droits de douanes supplémentaires de 25% qui devraient prendre effet le 1er août 2025. La Tunisie pourrait cependant bénéficier d’un traitement privilégié et éventuellement épargnée de ce durcissement tarifaire américain si elle « ouvre davantage son marché » devant les marchandises américaines et « incite les entrepreneurs tunisiens à investir directement sur le sol américain », lit-on, en substance, dans la lettre de Trump.
Il y a lieu de rappeler que début avril, Trump, qui, quelques semaines plus tôt avait prêté serment pour un nouveau mandat à la Maison blanche, a provoqué une onde de choc en annonçant une hausse drastique des droits de douane à l'encontre du reste du monde. Une surtaxe oscillant entre 10% et 50% était alors solennellement annoncée à l’encontre des pays qui, selon la justification de l’administration républicaine, exportaient plus vers les États-Unis qu'ils n'importent. La Tunisie s’est, en effet, vue figurer sur le tableau brandi le 4 avril 2025 par le président américain lors d’un discours prononcé à la Maison Blanche considéré par les observateurs comme une déclaration officielle de la guerre commerciale par les USA au reste du monde. Malgré son maigre échange avec le pays de l’Oncle Sam, notre pays est directement affecté par cette guerre en se voyant infliger des droits de douanes cumulés de 28%., cachant que la Tunisie impose jusqu’ici des tarifs douaniers de 55% aux produits importés des USA, chose qui a poussé l’admiration américaine à exiger le principe de réciprocité.
3%
Il est important de souligner que les relations commerciales entre la Tunisie et les USA s’inscrivent dans le cadre de ce que l’on appelle le Système de Préférences Généralisées (SPG) des Etats-Unis d’Amérique qui bénéficie à 119 pays dans le monde. Ainsi, pour notre pays, ce programme s’applique à près de 3500 produits et il est aujourd’hui le 13è fournisseur du marché américain grâce à des exportations principalement agricoles tels que l'huile d'olive et les dattes, ainsi que certains produits des industries électriques et mécaniques et du textile (jeans). Les exportations tunisiennes vers le marché américain sont en fait dominées par les produits agricoles (environ 80 %). La Tunisie est, d’ailleurs, le premier fournisseur de dattes sur le marché américain, et les dattes de la Tunisie sont jusque-là totalement exonérées de droits de douane.
C’est justement au profit de deux filières d’huile d’olive et des dattes ainsi que l’industrie textile que l’Etat tunisien est aujourd’hui appelé à intervenir pour amortir les effets du durcissement tarifaire américain, estime Ridha Chkoundali, analyste et professeur universitaire d’économie. Joint par ‘’Le Quotidien’’ pour commenter la correspondance adressée par Trump à Kaïs Saïed, Chkoundali a souligné que les échanges commerciaux avec les Etats-Unis ont un poids presque insignifiant ne dépassant pas 3% du commerce extérieur global de la Tunisie. Il demeure toutefois essentiel pour notre pays de préserver la compétitivité de l’huile d’olive et des dattes tunisiennes sur le marché américain et de faire de sorte que les nouvelles barrières tarifaires n’entrainent pas une régression des exportations. Sur ce point, notre interlocuteur suggère que l’Etat supporte provisoirement les charges supplémentaires engendrées par les nouvelles taxes pour garantir que le produit tunisien reste compétitif sur le marché américain. Parallèlement, il faut diversifier les marchés pour multiplier les débouchés aux exportations qui risquent d’être compromises par le durcissement tarifaire américain, estime Chkoundali qui appelle également les autorités à accélérer les réformes destinées à assouplir les procédures administratives et à rendre le climat d’affaires plus attractif pour les investissements étrangers.
H.G.