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Une curiosité scientifique évoquée il y a des siècles : Quand le moustique a lui-même un parasite …

Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI

On associe généralement les moustiques à des parasites qui s’attaquent à l’être humain. Leur réputation est bien connue : ils piquent, se nourrissent de sang et peuvent transmettre certaines maladies.

Pourtant, un aspect moins connu du monde microscopique révèle une réalité surprenante : les moustiques eux-mêmes peuvent être victimes de parasites. Certains insectes volants minuscules se nourrissent en effet du sang des moustiques, transformant ces derniers, pourtant déjà parasites pour d’autres espèces, en hôtes pour des organismes encore plus petits. Cette découverte, qui peut sembler étonnante, a été décrite par la science moderne au début du XXe siècle.

En 1922, le scientifique britannique F.W. Edwards publia un article dans lequel il décrivait une observation remarquable. Lors de recherches menées dans la péninsule malaise en Asie du Sud-Est, il identifia une espèce de petit moucheron appartenant au genre Culicoides, qu’il nomma Culicoides anophelis. La particularité de cet insecte était inhabituelle : il ne se nourrissait pas du sang de mammifères ou d’oiseaux, mais du sang des moustiques.

Autrement dit, un insecte parasite d’un autre parasite. Ce phénomène illustre la complexité et l’étonnante diversité des relations biologiques dans la nature. Dans ce cas précis, le petit moucheron agit comme un ectoparasite du moustique. Il se pose sur lui et prélève une petite quantité de sang, exactement comme le moustique le fait lui-même sur ses propres hôtes.

Des études ultérieures ont confirmé que ce type d’interaction n’est pas totalement unique. Dans le monde naturel, de nombreuses espèces vivent aux dépens d’autres organismes, y compris d’insectes déjà parasites. Les moustiques peuvent donc se retrouver à la fois prédateurs et proies dans différentes chaînes biologiques.

Les moustiques femelles et leur besoin de sang

Pour comprendre pourquoi ce phénomène est particulièrement intéressant, il faut se pencher sur la biologie des moustiques. Contrairement à ce que beaucoup de personnes pensent, tous les moustiques ne se nourrissent pas de sang. En réalité, les moustiques mâles et femelles consomment principalement du nectar et d’autres liquides végétaux riches en sucres, qui leur fournissent l’énergie nécessaire pour vivre.

Cependant, chez de nombreuses espèces, les femelles ont un besoin supplémentaire. Afin de produire leurs œufs, elles doivent obtenir des nutriments spécifiques, notamment des protéines et certains lipides présents dans le sang des animaux. C’est pourquoi elles sont capables de percer la peau de leurs hôtes à l’aide de pièces buccales spécialement adaptées. Après avoir pris un repas sanguin, la femelle peut produire ses œufs.

Dans certaines espèces, ce processus doit être répété plusieurs fois pour permettre la production successive de nouvelles pontes. Le sang constitue donc pour elle une ressource essentielle pour la reproduction.

Pour localiser leurs hôtes, les moustiques utilisent plusieurs types de capteurs très sophistiqués. Ils détectent notamment le dioxyde de carbone que nous expirons, la chaleur corporelle et certains composés chimiques présents sur la peau.

Ces capacités sensorielles leur permettent de repérer efficacement des animaux ou des humains à distance. Mais cette adaptation biologique fait également des moustiques une cible potentielle pour d’autres parasites spécialisés. Certains petits insectes ont ainsi évolué pour exploiter cette source de sang déjà collectée par les moustiques.

Une interprétation liée à un verset coranique

La découverte scientifique de parasites vivant aux dépens des moustiques a suscité l’intérêt de certains chercheurs et auteurs qui y voient une correspondance avec un verset du Coran. Dans la sourate Al-Baqarah (2:26), il est mentionné qu’Allah n’hésite pas à donner l’exemple d’un moustique « et de ce qui est au-dessus de lui ».

Le verset dit : « Allah ne se gêne pas de citer en exemple un moustique et ce qui est au-dessus de lui. Quant à ceux qui croient, ils savent que c’est la vérité venant de leur Seigneur ; mais ceux qui ne croient pas disent : “Qu’a voulu dire Allah par cet exemple ?” Par cela Il égare beaucoup et guide beaucoup ; mais Il n’égare par cela que les pervers. »

Certains commentateurs interprètent l’expression « ce qui est au-dessus de lui » comme pouvant faire référence à quelque chose de plus petit ou de plus insignifiant encore que le moustique lui-même, par exemple un organisme vivant sur lui. Dans cette perspective, ils considèrent que l’existence de parasites de moustiques pourrait illustrer ce type d’exemple.

Il est aussi souvent souligné que le mot arabe « بعوضة » (ba‘ouda) peut désigner un moustique, parfois interprété par certains linguistes comme une forme féminine, ce qui correspondrait aux moustiques femelles responsables des piqûres. Cette observation est parfois mentionnée pour souligner la précision du texte.

Toutefois, dans les études coraniques classiques, de nombreux exégètes expliquent surtout ce verset comme une métaphore destinée à montrer que même les plus petites créatures peuvent servir d’exemple pour illustrer une vérité ou une leçon morale. L’objectif du passage serait alors de rappeler que la taille ou l’apparence d’une créature ne diminue pas sa signification dans l’ordre de la création.

Quoi qu’il en soit, l’existence de parasites du moustique illustre parfaitement la complexité du monde vivant. La nature regorge d’interactions étonnantes entre organismes, parfois à des échelles si petites qu’elles passent longtemps inaperçues. Cette réalité scientifique rappelle aussi à quel point l’étude des insectes et des micro-écosystèmes peut révéler des relations biologiques inattendues.

Les moustiques, souvent considérés uniquement comme nuisibles pour l’homme, font eux-mêmes partie d’un réseau écologique beaucoup plus vaste où chaque espèce peut devenir à son tour l’hôte d’un autre organisme. Ainsi, même l’un des insectes les plus connus au monde peut cacher des secrets fascinants, démontrant que la nature reste encore pleine de découvertes et de mystères.

M.B.S.M.

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