Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
Presque une centaine de candidats se présenteront aux élections aux instances dirigeantes de l’UGTT dont le bureau exécutif lors du congrès prévu le 24/25 et le 26 mars prochain, ce qui constitue une première dans l’histoire de l’organisation syndicale. Qu’en pensent les observateurs ?
A une semaine du démarrage des travaux du congrès de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) prévu les 24, 25 et 26 mars, la liste des candidats aux trois instances dirigeantes de la Centrale syndicale, à savoir le bureau exécutif, le Comité du règlement intérieur et le comité du contrôle financier, a été dévoilé. Les listes comprennent 91 candidats, ce qui constitue une première dans l’histoire de l’organisation syndicale.
Fait marquant de cette liste, la présence importante des femmes syndicalistes qui se présentent à ces élections qui se dérouleront dans un contexte social et économique assez sensible. Ce contexte est aussi marqué par une crise grave et sans précédent qui secoue l’UGTT depuis les deux congrès extraordinaire et électif de Sfax et de Sousse.
A l’origine de cette crise l’amendement de l’article 20 ayant permis à plusieurs dirigeants syndicaux de se présenter aux dernières élections du bureau exécutif alors qu’ils avaient dépassé le nombre de mandats permis par le règlement intérieur de l’Union générale tunisienne du travail. Alors, pour commenter cette liste, nous avons posé la question à l’activiste et universitaire Salem Chérif.
Ce dernier nous a indiqué : « Comme toutes les élections, il y a des candidatures sérieuses et d’autres le sont moins. Alors, je pense que plusieurs candidatures vont « tomber » pour des raisons réglementaires. Donc, le nombre des candidats va baisser et, à mon avis, la tradition va être respectée avec des compromis sur deux voire trois listes qui représenteront les différents courants syndicaux qui dominent l’UGTT depuis des décennies, à savoir la Gauche, les Nationalistes et les partisans du pouvoir en place ».
Sauvetage ou naufrage...
En attendant ce congrès qui se tiendra à Monastir, les réactions se multiplient du côté de la base syndicale qui met en garde contre un éventuel naufrage de l’organisation syndicale. En témoigne ce statut posté sur sa page Facebook par le syndicaliste Walid Ben Kraiem, qui s’est interrogé sur les préparatifs pour la réussite de ce congrès, « Comment on va entamer les travaux de ce congrès alors que le front interne de l’UGTT est toujours vulnérable et fragile ?
Est-ce qu’on a procédé à la réconciliation qui devrait permettre aux dirigeants dont l’adhésion à été gelée de réintégrer l‘organisation ? Pourquoi on n’a pas lancé un débat courageux de nature à mettre fin aux divergences et aux conflits internes ? Autant de questions qui m’interpellent et qui devraient avoir des réponses avant la tenue de ce congrès. Le cas échéant, je crains le pire pour notre organisation », a-t-il indiqué.
Idem pour le dirigeant au sein de l’opposition syndicale, Habib Jerjir, qui a écrit sur sa page Facebook : « La crise ne fait que s’aggraver puisque nous sommes en train de reproduire les mêmes éléments ayant conduit à la situation actuelle. Qu’est-ce qu’on peut attendre d’un congrès préparé et encadré par des putschistes et dont certains candidats à ses élections sont des putschistes ?».
Pour l’activiste Salem Chérif : « il n’est pas écarté dans ces conditions de voir ce congrès de Monastir contesté par certains syndicalistes devant la justice et ce selon plusieurs avocats consultés par l’actuel bureau exécutif, l’élection des structures syndicales constitue un contrat entre l’électeur et l’élu. Si l’objet de ce contrat devient impossible, le contrat devient caduc et les membres du bureau exécutif doivent démissionner.
La paralysie de l’activité syndicale due au blocage des structures et les préjudices administratifs, financiers et syndicaux qui en résultent justifient l’écourtement du mandat et la convocation anticipée du congrès. Ce qui n’est pas le cas…
Ainsi, à quelques jours seulement de l’ouverture du congrès, l’UGTT aborde ce rendez-vous dans un climat chargé de doutes et d’attentes. Entre compétition électorale, tensions internes et appels à la réconciliation, beaucoup espèrent que ce congrès permettra de rétablir l’unité et de redonner un nouvel élan à la Centrale syndicale. Les prochains jours diront si ce rendez-vous sera celui de l’apaisement ou celui d’une nouvelle phase de turbulences.
M.B.S.M.

