Alors que le pays semble se diriger vers un nouveau record pour la campagne oléicole avec des prévisions qui tablent sur un peu plus de 400 mille tonnes, la grogne reste vive dans les rangs des agriculteurs.
Confronté aux défis du bradage et son impact sur l’offre et les revenus des exportations, l’Etat s’est vu alors tenter d’étouffer la flamme de la colère paysanne à l’aide d’une batterie de mesures mises en œuvre depuis le début de la campagne allant de la fixation de prix plafonds - qui s’est avérée d’ailleurs contreproductive - jusqu’à des négociations menées par le ministère des Affaires étrangères dans le but d’augmenter les quotas d’exportation avec l’UE, en passant par d’autres incitations financières et des subventions de stockage.
Ces actions destinées à préserver les intérêts des producteurs pris dans une spirale d’effondrement des prix s’avèrent sans aucun impact parce que ne découlant pas d’une vision stratégique et d’une politique claire de valorisation de l’huile tunisienne. Les autorités impliquées dans le secteur et auxquelles sont normalement confiées les responsabilités de promouvoir une filière hautement stratégique pour notre pays font, toutefois, montre d’un manque flagrant de coordination, ce qui est de nature à porter un grave préjudice à l’avenir de la filière
Car si la Tunisie est, sans aucun conteste, la plus grande puissance mondiale du secteur de l’huile d’olive lorsque l’on exclut l’Union européenne, c’est uniquement grâce à son patrimoine oléicole et sa richesse génétique locale qui lui garantissent une qualité unique de son huile d’olive, facteur de sa grande compétitivité à l’échelle internationale.
Le comble de l’ironie est que c’est l’Etat, supposé agir par tous les moyens pour promouvoir les pratiques de valorisation et de conservation durable du patrimoine génétique national, qui encourage implicitement la propagation des variétés étrangères au détriment des espèces autochtones. L’Etat, qui tente désespérément d’étouffer la flamme de la colère des producteurs en raison du bradage des prix, vient tout bonnement de la raviver.
Et c’était l’Office national de l’huile de s’en occuper volontairement. L’autorité publique de régulation et de soutien du secteur oléicole en Tunisie vient en effet de provoquer l’ire des producteurs, en rajoutant une couche à leur détresse. L’Office de l’huile vient en effet de diffuser un avis de vente des plants d’oliviers de variétés locales et étrangères.
Sur les réseaux sociaux, l’irritation a été alors palpable parmi les cultivateurs d’olives qui n’arrivent pas à croire comment l’Office de l’huile se permet de promouvoir des espèces étrangères.
Tous les connaisseurs sont en fait unanimes à considérer que la multiplication d’espèce d’olives étrangères en Tunisie est une grande menace pour le patrimoine génétique local parce qu’elle entraine une perte progressive de la diversité génétique des variétés nationales, une diminution de leur résistance face aux maladies et, à moyen et à long terme, une altération de l’identité de la qualité unique des huiles tunisiennes traditionnelles.
Lorsqu’une institution publique incite à la plantation des variétés étrangères bien qu’elles soient proposées à des prix plus chers que les variétés locales, elle participe indirectement à l’érosion génétique d’une culture millénaire. En tant que grand producteur d’huile d’olive et qui est en même temps très attachée à sa souveraineté agricole, la Tunisie ne peut pas commettre l’irréparable.
Elle doit défendre fermement son patrimoine génétique et résister à l’invasion des espèces étrangères. Notre patrimoine génétique agricole, constitué de variétés locales adaptées au climat et aux sols, représente une richesse irremplaçable.
Les variétés d’oliviers, sélectionnées et améliorées au fil des siècles, assurent non seulement la qualité et la réputation de l’huile tunisienne dans le monde entier, mais aussi leur résilience face aux aléas climatiques et aux maladies. Leur disparition ou leur marginalisation constituerait une perte irréversible.
H.G.

