Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
Routes coupées, villes entières inondées, des familles évacuées et écoles fermées, tel est le premier bilan de ces pluies diluviennes qui s’abattent sur la Tunisie depuis deux jours. Quelles sont les causes de ces précipitations inhabituelles et à quoi faut-il s’attendre dans les semaines à venir ?
Un lundi pas comme les autres, ce qu’ont vécu les Tunisiens en début de cette semaine avec des pluies abondantes, orageuses et localement torrentielles, affectant principalement le Grand Tunis, le Cap Bon, la région de Bizerte, Zaghouan, le Sahel et d’autres zones côtières du pays. Bilan provisoire : deux morts.
Ces pluies exceptionnelles ont atteint les 200 millimètres en 24 heures dans certaines régions, mettant à mal une infrastructure fragile, vétustes et mal entretenue.
Selon, l’Institut National de Météorologie, plusieurs régions ont enregistré des pluviométries records à l’image de Sidi Bou Saïd (Grand Tunis) : 120 mm, Takelsa (Nabeul) : 90 mm, Bouchrik (Nabeul) : 82 mm, Hammam Lif (Ben Arous) : 80 mm, El Haouaria (Nabeul) : 70 mm, La Goulette (Tunis) : 66 mm, Oudhna (Ben Arous) : 46 mm. Quelles sont, justement, les causes de ces pluies torrentielles inédites depuis plus de cinquante ans ?
Alors, en effet, que tout le monde parlait de la tempête Harry qui serait à l’origine de ces pluies diluviennes, l'ingénieur à l'Institut national de la météorologie (INM) Sarhane Rahali a démenti, les informations qui circulent sur les réseaux sociaux, selon lesquelles, la Tunisie est touchée par la tempête "Harry", qui s'est installée sur le bassin méditerranéen.
Sarhane Rahali a, en outre, indiqué que « les perturbations météorologiques, enregistrées notamment sur le nord, le nord-est et le Sahel, sont essentiellement dues à des cellules orageuses, actives en mer, qui ont provoqué d’importantes quantités de pluies ». Mais pour certains experts, le dérèglement climatique est, aussi, pour quelques choses. Sommes-nous, justement, préparés à ces violents bouleversements du climat ?
Système d’alerte…
De l’avis de tous les experts, la Tunisie est l’un des pays les plus exposés aux effets du réchauffement climatique. A ce sujet, l’activiste écologiste et juriste, nous a indiqué : « le dernier rapport de la Banque mondiale montre que a Tunisie est extrêmement vulnérable aux catastrophes hydrométéorologiques (hydromet), telles que les inondations, les sécheresses, les chaleurs extrêmes et canicules, et l'élévation du niveau de la mer.
Le dernier profil national de risque de catastrophe réalisé par la Banque mondiale estime que les inondations à elles seules entraînent une perte annuelle moyenne de 40 millions de dollars (soit 0,1 % du PIB de la Tunisie en 2022).
Les phénomènes à l’origine de ces risques, y compris le changement climatique, la croissance démographique, les changements d'utilisation des terres et l'urbanisation, augmentent la gravité et la fréquence de ces événements ». Comment faire, alors, face à ces risques ?
Selon notre interlocuteur : « les experts propose une feuille de route qui comporte trois phases de développement successives conçues pour transformer les prestataires de services météorologiques et hydrologiques en Tunisie en entités techniquement solides et modernes capables de remplir leurs mandats de service public.
La feuille de route précise que les avantages des services hydrométéorologiques sont nettement supérieurs aux coûts d’investissement et d’exploitation nécessaires pour les fournir.
L’efficacité accrue des services hydrométéorologiques et d'alerte précoce en Tunisie permettra d’obtenir les informations critiques qui permettent de protéger les vies avant la venue d’une catastrophe et la promotion d‘une croissance économique plus équitable dans de multiplies secteurs ».Et d’ajouter : « il faut également se pencher sur l’état de l’infrastructure et investir dans sa modernisation afin qu’elle puisse faire face à tous les risques liés aux catastrophes naturelles ».
M.B.S.M.

