Par Hassan GHEDIRI
Il semble que l’Exécutif soit à court d’idée en ce qui concerne les mesures à prendre pour réformer l’assurance maladie. Pourtant, les solutions semblaient être à portée de main…
Le 20 mai 2025, le chef de l’Etat a reçu Issam Lahmar, ministre chargé des Affaires sociales, à qui il a donné ses instructions pour «élaborer de nouvelles formules de financement» de la Caisse de retraite et de prévoyance sociale (CNRPS), la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM), et ce, selon un communiqué publié par la présidence de la république à la même date.
Cinq mois plus tard, le 27 octobre de la même année, le Président de la république reçoit le même ministre pour discuter de la situation des caisses sociales, en particulier la CNAM.
Kaïs Saïed a souligné, lors de cette rencontre, «la nécessité de réviser et d’améliorer les législations régissant les caisses sociales en Tunisie, afin qu’elles puissent retrouver leur équilibre financier et remplir pleinement les missions pour lesquelles elles ont été créées», souligne-t-on en substance dans le communiqué officiel diffusé sur les réseaux sociaux de la Présidence.
Et last but not least, Issam Lahmar a répondu présent avant-hier lundi 12 janvier 2026, au palais de Carthage pour écouter attentivement le Chef de l’Etat exprimer, une nouvelle fois, ses préoccupations à propos de la situation des caisses sociales, en particulier celle de la CNAM.
Et Saïed de réitérer à son interlocuteur la nécessité de remédier « dans les plus brefs délais » à la situation ayant conduit à une quasi-paralysie du système de l’assurance maladie dans le pays. Le Chef de l’Etat a ordonné au ministre de trouver des solutions urgentes permettant d’assurer une couverture sanitaire adéquate à tous les assurés sociaux, quelles que soient leurs filières d’affiliation au régime de l’assurance maladie.
La CNAM., il faut le souligner, cumule aujourd’hui plus de 200 millions de dinars d’impayés envers les pharmacies d’offline. Une situation qui a fait naitre une grave pénurie de médicaments vitaux.
La présidence de la république cherche, donc, désespérément des solutions à la crise financière qui ébranle le système de l’assurance maladie en Tunisie depuis des années. Une crise qui commence à prendre une ampleur telle que des centaines de milliers de Tunisiens souffrant de maladies chroniques se trouvent, aujourd’hui, privés de médicaments essentiels et vitaux. Pourtant, des solutions existent bel et bien. Mieux encore, il semble qu’elles sont à portée de main de la présidence.
Un Think tank orienté vers la recherche stratégique et prospective traite des problématiques visant à éclairer le décideur sur les enjeux stratégiques présents et à venir. Se définissant sur son site web comme étant un instrument d’aide à la décision publique et de pilotage des changements, l’ITES explique que ses travaux visent à mettre l’accent sur les politiques publiques de demain afin de faciliter la prise de décision en matière de réforme de fond qu’appelle le processus de transition dans lequel notre pays s’est engagé depuis 2011.
La sécurité sanitaire à l’horizon de… 2025
En fait, c’est dans cette même perspective que l’ITES s’était d’ores et déjà penché sur la question de l’assurance maladie en proposant des pistes de réformes susceptibles d’aider la CNAM à sortir définitivement de la crise chronique dans laquelle elle se trouve depuis des années. Les réformes proposées par l’ITES ont été exposées dans le cadre de l’étude publiée en 2018 et intitulée « Vision stratégique de la sécurité sanitaire à l’horizon de 2025 ».
Le document propose une réforme en profondeur de l’assurance maladie, structurée autour d’une feuille de route opérationnelle 2022-2025 déclinée en 121 mesures. Cette réforme vise d’abord l’unification progressive des régimes et dispositifs existants afin de réduire la fragmentation du système, renforcer l’équité entre assurés et améliorer l’accès effectif aux soins, notamment pour les populations vulnérables et les régions défavorisées.
L’ITES préconise un recentrage de l’assurance maladie sur la couverture des risques majeurs et des pathologies lourdes, accompagné d’une meilleure hiérarchisation du parcours de soins autour de la médecine de première ligne, du médecin de famille afin de fluidifier les trajectoires des patients et de limiter les actes redondants.
La maîtrise des dépenses constitue un axe central de la réforme, avec des mesures ciblées sur la régulation des dépenses pharmaceutiques (révision de la politique de remboursement, promotion du médicament générique, rationalisation des prescriptions, renforcement de la centrale d’achat), l’amélioration du contrôle médical et la lutte contre les abus et la fraude.
Le document insiste également sur la modernisation de la gouvernance de l’assurance maladie à travers la clarification des rôles institutionnels, le renforcement des capacités de la CNAM, l’introduction d’outils numériques intégrés (dossier médical numérisé, systèmes d’information interopérables, dématérialisation des procédures) et une contractualisation plus performante avec les prestataires publics et privés fondée sur la qualité, la performance et les résultats.
Enfin, la vision de l’ITES met l’accent sur la soutenabilité financière du système, en plaidant pour une diversification des sources de financement, une meilleure articulation entre financement, offre de soins et politiques de prévention et une gouvernance stratégique capable d’accompagner la transition vers un système d’assurance maladie plus équitable, efficient et centré sur le patient.
La présidence de la république, qui appelle le ministère des Affaires sociales à trouver des solutions urgentes capables de remédier en urgence à la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui la CNAM, devrait peut-être consulter les travaux de l’ITES qui a déjà proposé des pistes pour faire sortir le système de l’assurance maladie d’une crise qui n’a que trop duré.
H.G.

