Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
Plus de 2000 bâtiments menaçants ont été recensés dans plusieurs villes de la Tunisie. Les démolir peut éviter les risques liés à la sécurité des occupants et des passants, mais pourrait, également, ouvrir la voix vers de la spéculation immobilière…
Le directeur de l’Amélioration de l’Habitat auprès du ministère de l’Equipement et de l’Habitat, Moncef Soudani, a annoncé hier, lors d’une intervention radiophonique relayée par Tuniscope, que plus de 2000 bâtiments sont actuellement jugés dangereux dans plusieurs régions du pays.
Tunis, la capitale, abrite à elle seule 1000 habitats menaçant ruine, alors que la ville de Monastir est classée deuxième avec 5000 unités, suivie de Bizerte avec 300 bâtiments, Nabeul 300, 175 à Jendouba et 100 à Kairouan.
Selon Soudani : « Les inspections et tests de sécurité ont déjà commencé afin de planifier les interventions nécessaires. Dans le gouvernorat de Tunis, plus de 500 inspections ont été réalisées, révélant que la majorité des bâtiments présentent un risque imminent et confirmé.
Certaines constructions anciennes, appartenant à des propriétaires étrangers, ont atteint la fin de leur durée de vie et nécessitent une démolition ».
Au niveau juridique, le directeur de l’Amélioration de l’Habitat a précisé que « la loi tunisienne prévoit que le propriétaire doit prendre en charge les réparations. En cas d’impossibilité, la municipalité intervient, mais aux frais du propriétaire ».
Conscient du danger, le ministère de l’Equipement et de l’Habitat a d’ores et déjà transmis trois textes réglementaires relatifs aux bâtiments menaçant ruine à la présidence du gouvernement pour approbation, avec l’espoir qu’ils seront validés en 2026.
Ces textes concernent deux accords, l’un entre propriétaires et municipalité, l’autre entre ministère et propriétaires, ainsi que la création d’une commission chargée de suivre les occupants et d’assurer leur relocation si nécessaire.
Pour l’expert en bâtiment Rached Mathlouthi : « Il est probable que le ministère de l’Equipement et de l’Habitat s’oriente vers la démolition de ces bâtiments. Un choix qui peut éviter les risques liés à la sécurité aussi bien des occupants que des passants, mais qui pourrait, également, ouvrir la voix vers de la spéculation immobilière ».
L’épineuse question des biens des étrangers …
Soixante-dix ans après l’indépendance, la Tunisie peine toujours à résoudre l’épineuse question des biens des étrangers. Pour l’expert en bâtiments Rached Mathlouthi : « La majorité de ces bâtiments en ruine est classée « biens des étrangers ». Il faut, alors, résoudre ce problème avant d’entamer les opérations de démolition. Pour rappel, 5 000 propriétés appartiennent toujours à des étrangers, répartis entre locaux commerciaux et résidentiels ainsi que bon nombre de parcelles de terrains.
A l’Etat, alors, de lever les obstacles procéduraux et administratifs, en particulier les longs délais de règlement qui hypothèquent les processus de règlement ». Et d’ajouter : « Une fois ces obstacles levés, il faut intégrer ces propriétés dans le plan d’aménagement urbain des villes concernées dont notamment la capitale Tunis. Cela doit comporter trois phases, à savoir le classement de ces propriétés et déterminer celles qui doivent être démolies et celles à réparer, respecter le patrimoine architectural et éviter de le dénaturer et intégrer les promoteurs immobiliers dans les opérations de reconstruction selon un cahier des charges bien déterminé.
Il faut savoir aussi que la loi n° 2024-33 du 28 juin 2024, relative aux bâtiments menaçant ruine, a fixé les modalités et les intervenants dans ces bâtiments afin de les évacuer et de les remettre en état avec une restauration lourde, ou de les démolir et les reconstruire, et, le cas échéant, de les exproprier, ainsi que les mesures propres à prévenir le danger et de garantir les droits des propriétaires, locataires ou occupants, et les impératifs de maintien de l'ordre public.
Cette loi fixe également les modalités d'intervention dans le cadre d'opérations d’ensemble de reconstruction, de rénovation, de réparation et de réhabilitation urbaine. La loi en question prévoit, en outre, un processus urbain qui vise à supprimer et à renouveler le tissu urbain ancien et menaçant ruine, à le doter de divers réseaux publics et à aménager les routes et, le cas échéant, les renouveler ».
M.B.S.M.

