Par Hassan GHEDIRI
Notre pays possède tous les atouts qui lui permettraient de multiplier par deux la valeur de ses exportations d’ici cinq ans, mais…
63,7 milliards de dinars correspondent à la valeur globale des exportations tunisiennes réalisées au cours de l’année 2025, et ce, selon les chiffres officiels communiqués par l’INS. Cela donne une hausse de l’ordre de 2,6% par rapport à 2024, portée par les secteurs des mines, notamment les phosphates (+15%). Mais cette croissance n’a aucun impact sur la tendance de la balance commerciale globale qui reste chroniquement désavantageuse avec un déficit dépassant les 20 milliards de dinars.
Une situation qui, selon Mohsen Hassan, analyste économique et ancien ministre du Commerce, d’un essoufflement profond d’un modèle économique à bout de souffle. Car, selon lui, le problème n’est point que la Tunisie n’exporte pas assez mais qu’elle n’exporte pas bien, du point de vue qualitatif.
A cause d’une industrie massivement orientée vers la sous-traitance, notre pays s’est trouvé enfermé dans le rôle de fournisseur de produits à faible valeur ajoutée. Composants automobiles, huile d’olive en vrac, des produits d’extraction minière bruts sont exportés pour le compte d’importateurs étrangers qui en captent l’essentiel de la valeur.
Ce modèle a atteint ses limites, estime Hassan qui croit que la Tunisie, qui ambitionne de doubler ses exportations industrielles d’ici 2030, ne peut atteindre cet objectif sans une transformation radicale d’un modèle basé sur la sous-traitance.
Le premier chantier à mettre en œuvre consiste, selon lui, à reconfigurer les industries historiquement tournées vers le câblage et l’assemblage mécanique. La Tunisie doit monter en gamme vers l'électronique de puissance, les systèmes embarqués et l'intelligence artificielle appliquée à la production.
L'enjeu est de taille et implique la transition du statut de simple sous-traitant à celui de partenaire technologique de rang supérieur pour les grands donneurs d'ordres internationaux. Ce pivot permettrait, d’après le spécialiste, de capter une valeur ajoutée incomparablement plus élevée que la seule marge de transformation.
Il est question ensuite de valoriser les ressources.
La Tunisie est l'un des grands producteurs mondiaux d'huile d'olive, pourtant elle l'exporte majoritairement en vrac, laissant à d'autres pays, notamment l’Italie, client et concurrent direct, le soin de la conditionner, de la labelliser et d'en tirer lprofit. En investissant dans le conditionnement local, les certifications d'origine et les labels biologiques, notre pays pourrait tripler la valeur de chaque litre exporté sans augmenter d'un seul hectare sa surface agricole.
La même démarche vaut pour le phosphate. Plutôt que d'exporter un minerai peu transformé, développer des engrais de précision adaptés aux marchés africains et européens représenterait un gisement de croissance considérable, répondant en prime aux nouvelles exigences environnementales mondiales.
L’autre axe sur lequel l’Etat doit investir, c’est l’intelligence. La Tunisie dispose d'ingénieurs et de développeurs hautement qualifiés, mais qui sont aujourd’hui tentés par l’émigration à cause du manque de visibilité et de reconnaissance. L’enjeu consiste à créer un écosystème attractif en vue de bâtir une industrie du numérique et se positionner comme un hub technologique entre l'Europe et l'Afrique. Ces exportations immatérielles ont un avantage de préserver la valeur ajoutée économique dans le pays.
Enfin, il est primordial, selon Hassan, de se libérer de la dépendance aux pays de l’Europe et de multiplier les marchés pour les exportations tunisiennes. La Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF), avec ses 54 pays et plus d'un milliard de consommateurs, offre des débouchés naturels pour les produits transformés tunisiens. Encore faut-il moderniser la logistique portuaire et digitaliser les procédures douanières, afin de rendre cette ouverture africaine réellement accessible aux PME tunisiennes.
H.G.

