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Rétrospective 2025 - Gaza : La « faim » d’un monde… de guerres las…

Par Chokri Baccouche

Les années se suivent et se ressemblent, dans la morosité, comme une série de casseroles cabossées. 2025 qui s’apprête à nous quitter sur la pointe des pieds n'a pas démérité son titre de "suite logique et aggravée" de toutes les catastrophes précédentes.

Le millésime finissant a été marqué, en effet, par un florilège de moments forts, rivalisant malheureusement de fadeur voire de sinistrose et confirmant, encore une fois, un état des lieux déplorable dans un monde aux abois. 2025 a été rythmée par la persistance des foyers de tension et des guerres.

A commencer par la guerre à Gaza où les disciples de Théodor Herzel, le père fondateur du sionisme, l’idéologie raciste et expansionniste chère au Premier ministre israélien Netanyahu et à la clique extrémiste de son gouvernement, ont semé la mort et la désolation dans l’enclave palestinienne sinistrée.

Gaza, une enclave dévastée mais également le sinistre théâtre d’un droit international en déliquescence ou plutôt  dans un état de putréfaction avancée. Gaza, la « faim » d’un monde, devenu le miroir de notre inhumanité, nos heurts et malheurs, nos vices et sévices et surtout, surtout notre coupable apathie face au martyre et à la mise à mort préméditée et programmée de tout un peuple.

Ceux qui avaient cru que la signature d’une trêve allait mettre fin, ne serait-ce que momentanément, à cette tragédie kafkaïenne ont du déchanter. Les dirigeants sionistes ont vite fait de se dérober comme à l’accoutumée à leurs engagements et sont revenus à la charge, plus que jamais décidés de finir leur sale besogne et décimer les survivants palestiniens de l’holocauste.

En toute impunité et au vu et au su d’une communauté internationale qui fait preuve d’une impuissance affligeante.
De Gaza à la Syrie en passant par le Liban, le Yémen et l’Iran, les agressions israéliennes contre ses voisins se sont multipliées en 2025 à coups de bombardements massifs, de raids aériens, d’assassinats ciblés, d’incursions et d’occupations de nouveaux territoires avec son cortège funeste de morts, de désolation et de destructions.

Tel un cancer en métastase, le sionisme se répand à travers tout le corps moyen-oriental, semant le fatras et menaçant plus que jamais la paix et la stabilité fragile dans toute la région. Une région à gros enjeux géopolitiques et stratégiques qui n’est pas au bout de ses peines malheureusement.

La guerre en Ukraine est l’autre plaie qui refuse de se cicatriser. Près de quatre années successives après le déclenchement du conflit, les canons tonnent toujours dans cette partie du monde provoquant des dégâts matériels et humains de plus en plus lourds. Le comble, c’est que les va-t-en guerre étrangers continuent à souffler sur la braise et jeter de l’huile sur le feu.

Un peu à cause de leur ego démesuré et beaucoup par calcul géopolitique mesquin. Et dire qu’on aurait pu éviter dès le départ cette sordide guerre si ses protagonistes, indirectes notamment, avaient daigné donner une chance à la paix en balisant la voie pour que les « frères-ennemis » slaves trouvent un terrain d’entente qui préserve leurs intérêts respectifs.

Il n’en fut rien malheureusement, tant et si bien que tout le monde se retrouve aujourd’hui dans le pétrin. Dans la mélasse, il y a bien sûr les dirigeants ukrainiens qui ont commis l’erreur impardonnable, diront les mauvaises langues, de s’engager dès le départ dans une voie sans issue en prenant des risques démesurés qui ont finalement conduit à l’irréparable.

Loin d’être mieux lotie, l’Europe subit de plein fouet les effets pervers de cette guerre qui n’est pas près, malheureusement, de connaitre de sitôt son épilogue. La poussée inflationniste sans précédent qui sévit sur le vieux continent est l’une des conséquences les plus remarquables du conflit ukrainien. Elle met à mal la paix sociale dans de nombreux pays européens qui appréhendent l’avenir avec beaucoup de pessimisme dans l’état actuel, peu rassurant, des choses.

Dans cette Europe en crise et qui peine à sortir de l’ornière, le racisme y a trouvé malheureusement un terrain propice à la prolifération. L’islamophobie assumée est devenue en effet monnaie courante un peu partout sur le vieux continent, bien alimentée par des médias tendancieux financés et contrôlés par des lobbys et des groupes de pression servant des intérêts propagandistes bassement politiques.

La guerre au Soudan est l’autre conflit oublié. Cette guerre qui a éclaté en avril 2023 entre l'armée soudanaise et les Forces de soutien rapide, une organisation paramilitaire, a engendré en 2025 au côté de la tragédie gazaouie, la pire crise humanitaire au monde. Le conflit a fait des dizaines de milliers de morts et déplacé plus de 13 millions de personnes. Les deux généraux qui ont déclenché cette insoutenable guerre de pouvoir n’en finissent pas d’en découdre. Leur rivalité morbide promet en tout cas de plonger davantage le Soudan, théâtre d’une longue tradition de guerres civiles, dans les affres du chaos et de l’incertitude.

L’année 2025 a été par ailleurs traversée par de puissants mouvements de société cristallisés par les manifestations de la Génération Z dans plusieurs pays. Véritables cris de détresse d’une jeunesse marginalisée et laminée par le chômage et le désespoir, ces mouvements sont un véritable coup de semonce qui doit impérativement alerter les décideurs sur la nécessité de trouver des solutions urgentes et durables aux revendications légitimes des jeunes révoltés avant qu’il ne soit trop tard.

De la guerre létale, à la guerre commerciale déclenchée, tambour battant, par Donald Trump, le revenant 47ème président américain. Depuis son retour fracassant à la Maison Blanche, le milliardaire insubmersible a imposé des taxes douanières massives et prohibitives sur les importations visant à réduire les déficits américains. Cette politique protectionniste agressive n’a épargné aucun pays.

Même les alliés des Etats-Unis sont passés à la moulinette sans distinction. Fidèle à son credo de « l’Amérique d’abord », le fantasque chef de l’Exécutif U.S a ainsi mis le monde sens dessus-dessous mais a exposé également son pays à des représailles qui se sont traduits par une hausse sans précédent des prix pour les consommateurs américains, des tensions internationales et une instabilité économique mondiale.

La guerre commerciale de Trump a causé, en fait, beaucoup de tort à une économie mondiale déjà en pleine récession et qui ne cesse de tirer le diable par la queue. Elle remet fondamentalement en cause les règles du jeu économique international en abandonnant le multilatéralisme au profit d'une approche unilatérale et bilatérale et en paralysant l'Organisation mondiale du commerce. Pis encore, l’accès de fièvre protectionniste de Trump a transformé l'économie mondiale en un champ de bataille géopolitique où la logique de puissance prime sur la coopération, créant une incertitude et une restructuration des chaînes de valeur mondiale.
2025 a accentué en fait les bouleversements profonds qui secouent la planète.

Ces bouleversements annoncent l’émergence, dans la douleur, d’un nouvel ordre mondial dont les signes avant-coureurs se font sentir de plus en plus. Les faits saillants de ces changements majeurs se mesurent à l’aune des nouvelles alliances politico-économiques qui prolifèrent à vue d’œil un peu partout dans le monde. Le groupe des Brics conduit par la puissante locomotive chinoise en est l’un des principaux acteurs. La montée en puissance de cette alliance économique va entrainer dans son sillage de nombreux pays adhérents qui se bousculent déjà au portillon.

Autant dire que l’humanité est à l’aube d’une nouvelle ère même s’il faut admettre que le leader américain qui détient actuellement les rênes du pouvoir mondial fera tout pour garder son trône. A n’importe quel prix. Fut-il par la force des armes et de l’intimidation. L’histoire nous apprend que la fin proche d’un empire est toujours  accompagnée par un séisme de forte magnitude dont l’onde de choc se répercute inévitablement aux quatre coins de la planète.

En Tunisie, 2025 nous a valu quelques bonnes satisfactions avec notamment une économie nationale qui tient relativement le coup et ce, dans un contexte international en crise. Les vannes du ciel ont été par ailleurs un tantinet plus généreuses durant le millésime finissant, au grand bonheur des gens de la terre, éprouvés par cinq années successives de sécheresse.

L’acquisition de nouveaux bus importés de Chine qui ont permis d’améliorer sensiblement la qualité du transport public notamment dans le Grand Tunis, figure par ailleurs parmi les événements marquants de 2025 . Une année placée également en Tunisie sous le signe de la solidarité agissante avec le peuple palestinien comme le prouve la participation remarquable et remarquée de notre pays à l’expédition maritime « Al-Soumoud » visant à briser le blocus de Gaza.

2025 a été marquée par ailleurs par des événements moins heureux dont notamment la crise environnementale due à la pollution au phosphogypse qui a provoqué des tensions sociales à Gabès. Les fâcheux incidents survenus dans la région sont venus nous rappeler l’extrême urgence de mettre en place une stratégie globale de protection de l’environnement, longtemps marginalisée dans notre pays. L’annoncé du verdict dans l’affaire liée au présumé complot contre la sureté de l’Etat, figure également parmi les événements phare du millésime finissant.

Les condamnations à des peines de prison lourdes de certains accusés sont interprétés par certains comme une application stricte de la loi pour protéger les institutions contre des tentatives de déstabilisation alors que d’autres dénoncent une crise de l’Etat de droit et un simulacre de procès instrumentalisé  à des fins politiques.
A quoi faut-il s’attendre l’année prochaine ? Bonne question qui se pose et s’impose d’elle-même.

On peut dire que 2025 va léguer à son successeur un héritage le moins qu’on puisse dire vicieux et pernicieux, difficile à gérer. Et ce n’est certainement pas l’Italienne Giorgia Meloni qui va infirmer cette réalité. « 2025 a été difficile mais l’année prochaine sera bien pire » a d’ailleurs déclaré il y a quelques jours la cheffe du gouvernement de la Botte. Le propos de Meloni est une bouffée d'air frais dans le cynisme politique.

Mais on salue tout de même l’honnêteté, même si on aurait préféré un peu moins de « pire » et un peu plus de « mieux » pour 2026. Juste pour galvaniser le moral des bipèdes, toutes cultures, origines et religions confondues.

On ose espérer, malgré tout, que la situation sera nettement meilleure l’année prochaine pour tout le monde. Véritable miracle de la vie, l’espoir est le meilleur antidote contre la déprime et les aléas de l’existence. Bonne et heureuse année 2026 à tous…

C.B.

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