Par Hassan GHEDIRI
Face à des risques sécuritaires grandissants sur ses liaisons maritimes entre l’Asie et l’Afrique, le plus grand transporteur mondial de marchandises a instauré une surtaxe de plusieurs milliers de dollars sur les conteneurs…
«La fermeture du détroit d’Ormuz n’affectera pas l’approvisionnement de la Tunisie en énergie», avait, en substance, affirmé le 4 mars Wael Chouchane, le secrétaire d’Etat chargé de la transition énergétique, devant la commission parlementaire des finances. La déclaration du membre du gouvernement peut désormais être contestée au vu de l’évolution de la situation au Moyen-Orient qui met déjà le commerce international sous haute tension.
Même si la Tunisie n’est pas directement exposée elle va inévitablement subir les conséquences des multiples chocs qui sont en passe de bouleverser le commerce et la logistique de transport. C’est du moins sur quoi débouchera la décision annoncée avant-hier jeudi, par la plus grande compagnie de transport maritime de conteneurs dans le monde.
Le géant du fret maritime, «Mediterranean Shipping Company», mondialement connu par l’acronyme MSC, estampé sur des millions de conteneurs sillonnant les océans et les mers, vient en effet d’instaurer une « surtaxe de guerre » sur certaines routes reliant le Moyen-Orient à l’Afrique.
Une décision qui vient suite à la montée des tensions géopolitiques au Moyen-Orient qui augmente les risques sécuritaires sur les principaux passages maritimes stratégiques qui traversent la région et relient l’Asie à l’Europe et l’Afrique.
Selon l’annonce du géant du transport de conteneurs, ce sont principalement les marchandises en provenance du sous-continent indien et des pays du Golfe et destinées à l’Afrique et l’océan indien qui verront leur coût de transport augmenter. Certes, l’Afrique du Nord n’a pas été citée par MSC, mais l’ensemble des économies méditerranéennes comme celle de la Tunisie, fortement dépendantes du commerce maritime, vont subir les contrecoups.
Payer le prix de la guerre
La surtaxe, appelée «taxe de guerre», est directement liée à la dégradation de la situation sécuritaire dans deux passages maritimes essentiels pour le commerce mondial, en l’occurrence le Détroit d'Ormuz et le Bab el-Mandeb. Ces deux points de passage relient les routes maritimes du Golfe persique à la mer Rouge et au Canal de Suez, axe majeur par lequel transite une part importante du commerce international.
Face à l’augmentation des risques sécuritaires dans ces zones, les compagnies maritimes se sont vu supporter des coûts supplémentaires liés à la hausse des primes d’assurance maritime et à l’allongement des itinéraires. Pour compenser ces charges, MSC imposerait sur certaines routes reliant le Moyen-Orient à l’Afrique une surtaxe pouvant aller de 2 mille dollars pour un conteneur de 20 pieds à 4 mille dollars pour un conteneur réfrigéré.
Même si ces routes ne concernent pas directement la Tunisie, notre économie pourrait toutefois ressentir les effets indirects de cette hausse des coûts du transport maritime, étant largement dépendante du commerce maritime. La quasi-totalité des importations et exportations tunisiennes, soit plus de 90%, transite en effet par les ports, principalement le port de Radès.
Toute hausse des coûts du fret maritime dans le monde finit souvent par se répercuter sur l’économie nationale. Les estimations issues des annonces des armateurs permettent déjà de prévoir des hausses pouvant osciller entre 6 et 9 mille dinars par conteneur, en se référant au taux de change actuel.
Il s’agit, en effet, d’un surcoùt très significatif et difficile à supporter par beaucoup d’entreprises tunisiennes. Dans certains secteurs, la facture logistique pourrait ainsi augmenter de manière substantielle.
L’industrie pourrait être particulièrement affectée, surtout les filières de la chimie, le textile et certaines activités manufacturières qui dépendant dans leur activité des matières premières et d’autres composants importés d’Asie et du Moyen-Orient. Si les coûts logistiques augmentent, ces intrants deviennent plus chers, ce qui peut réduire les marges des entreprises ou renchérir le prix des produits finis.
Sur le moyen terme, si la hausse du fret maritime persiste, elle risque d’accentuer les pressions inflationnistes. Et dans un contexte où l’économie tunisienne fait déjà face à des tensions sur les prix et à un déficit commercial structurel, une nouvelle hausse des coûts logistiques est de nature à aggraver davantage les déséquilibres.
H.G.

