Par Hassan GHEDIRI
Après un début d’automne pénible pour les agriculteurs qui ont eu beaucoup de difficultés à se procurer les semences et les engrais, la future saison céréalière ne se déroulera peut-être pas comme l’espérait l’Etat…
En septembre, lorsqu’ont débuté les préparatifs des premiers semis pour la campagne céréalière 2025/2026, le ministère chargé de l’Agriculture avait dévoilé un programme très ambitieux d’emblaver 1,155 million d’hectares de céréales. Pour ce faire, il a été prévu de mettre à la disposition des agriculteurs dans toutes les régions quelque 573 mille quintaux de semences sélectionnées ainsi qu’un peu plus de 370 mille tonnes d’engrais chimiques.
Jusqu’au début de décembre, les quantités qui ont pu être fournies ne suffisaient à couvrir que moins de 40% de la superficie programmée. Beaucoup de céréaliculteurs ont été contraints de retarder leurs semis, ce qui est de nature à altérer le cycle de croissance des plantes et par ricochet compromettre la qualité et la quantité de la campagne.
Lors d’une journée nationale organisée par l’INRAT au mois de septembre pour l’évaluation de la campagne écoulée, y tirer les bons enseignements et préparer la nouvelle saison, le ministre de l’Agriculture, Ezzeddine ben Cheikh, avait considéré qu’avec une bonne coordination entre tous les intervenants dans la filière céréalière, la prochaine campagne pourrait être meilleure que la saison dernière.
Grâce à des conditions climatiques particulièrement favorables avec une très bonne pluviométrie, la Tunisie a en effet enchainé l’année dernière avec les bonnes récoltes de céréales se soldant par une production exceptionnelle de 20 millions de quintaux, la meilleure depuis 2020.
Mais cette année, il semble que les choses sont loin de se passer comme prévu, avec les difficultés qu’ont rencontrées les agriculteurs en ce qui concerne l’approvisionnement en semences et en intrants essentiels, en plus d’une météo pas très généreuse. Des conditions qui vont peut-être obliger les autorités à revoir leurs ambitions à la baisse. Quelle que soit la récolte, notre pays ne peut pas se passer des importations quand on sait que les besoins de consommation annuelle se situent généralement dans une moyenne de 3,5 millions de tonnes.
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Ceci dit, la prochaine production ne va combler qu’une partie négligeable des besoins de consommation et sera incapable de changer grand-chose en ce qui concerne la dépendance à l’importation. Il faut aussi rappeler que bon an mal an, l’Etat consacre environ 3,5 milliards de dinars pour financer les achats de blé, sachant qu’environ 3 milliards de dinars supplémentaires sont débloqués pour la compensation des céréales.
Ce début 2026 laisse néanmoins augurer de bonnes perspectives pour la production céréalière mondiale, ce qui est de nature à se répercuter sur les prix et alléger par le même fait les dépenses des pays importateurs. La Tunisie peut d’ailleurs espérer économiser quelques millions de dinars et ainsi combler à moindre coût une partie du déficit de production.
C’est qu’à observer la tendance des marchés, les prix du blé sont en train de fléchir sur fond des prévisions d’un excédent céréalier mondial record. Une forte baisse des prix des céréales a été en effet constatée au cours de la semaine avec notamment le blé qui est établi à 190 dollars la tonne.
Aussi faut-il souligner les prévisions du Conseil International des Céréales qui a fait état dans son rapport de janvier 2026 d’une augmentation spectaculaire de la production céréalière dans le monde dépassant toutes les prévisions et qui devrait frôler 2,5 milliards de tonnes pour la campagne 2025/2026, soit une hausse de près de 6% par rapport à la campagne précédente.
Les prévisions de production des principaux bassins céréaliers dans le monde ont été toutes revues à la hausse, notamment en Argentine, au Canada mais surtout en Russie, premier exportateur mondial de blé et premier fournisseur de la Tunisie au cours des deux dernières années, ce qui devrait contribuer fortement à cet excédent.
H.G.

