Par Hassan GHEDIRI
Depuis le 1er janvier 2026, les exportations industrielles tunisiennes se heurtent à une nouvelle barrière commerciale à l’entrée du marché européen...
Il s’agit de la taxe carbone qui risque de compromettre la compétitivité de certains produits made in Tunisia bénéficiant dans leur processus de production d’une réglementation climatique moins stricte.
L’entrée en vigueur de cette nouvelle réglementation passe presque inaperçue en Tunisie malgré qu’elle frappe de plein fouet des industries exportatrices tunisiennes et risque d’impacter négativement la solde commerciale.
Hamdi Hachad, expert en environnement, a expliqué comment ce durcissement réglementaire pourrait constituer une opportunité pour la Tunisie et inciter à l’accélération de la dépollution de l’industrie et à la transition énergétique. Pour pénétrer le marché européen, des produits comme le ciment, le phosphate et ses dérivés (engrais azotés) et l’acier sont en effet soumis depuis le 1er janvier 2026 à la taxe carbone.
Appelé ‘Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF), cet outil vise à aligner le coût du carbone des importations sur celui des industriels européens. Le mécanisme intéresse directement la Tunisie au vu du volume des échanges commerciaux de notre pays avec l’Union européenne et aussi parce que le champ d’application de cette barrière commerciale est susceptible d’être élargi pour toucher environ 180 produits divers afin d’«éviter les contournements », comme le justifiait la commission européenne dans ces textes.
L'objectif déclaré étant de protéger les industries européennes d'une concurrence déloyale, tout en incitant les partenaires commerciaux à réduire les émissions de leurs procédés de fabrication, explique Hachad.
Concrètement, selon lui, ce sont les importateurs européens qui paieront le surcoût généré par la taxe carbone, mais, en réalité, ils imposeront à leurs fournisseurs tunisiens de déclarer des données précises sur leur empreinte carbone, c’est-à-dire combien de combustibles fossiles sont consommés et quel type d'électricité est utilisé pour la fabrication d’un tel produit. Cela nécessite en soi un grand savoir-faire en matière de traçabilité des énergies chez nous.
Il en va de même pour les matières premières et leur provenance. Sans données fiables et vérifiables, les exportateurs risquent de voir le prix de leurs produits s'envoler davantage sur le marché européen et perdre énormément de leur compétitivité. Hachad pense que la Tunisie se trouve aujourd’hui face à deux options.
Subir ce durcissement réglementaire sans réagir, ce qui signifie un renchérissement systématique des exportations ou bien saisir l’opportunité et se transformer progressivement en une plateforme industrielle bas-carbone dans la Méditerranée et ce en investissant massivement dans les énergies renouvelables et dans l’efficacité énergétique des industries.
Dans l’immédiat, l’enjeu pour les entreprises tunisiennes consiste à maitriser les outils permettant de calculer efficacement l’empreinte carbone des produits destinés à l’Europe et à mettre en œuvre en même temps des plans de transformation des processus de production vers des modèles de fabrication moins polluants.
Selon les estimations, la Tunisie aura encore une marge de manœuvre avant de voir le MACF s’étendre à une panoplie de produits plus large pouvant inclure certaines industries stratégiques délocalisées dans notre pays à cause justement des règlements environnementaux moins stricts.
H.G.

