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Loyer de l’argent : Quand la BCT emploie un «deux poids deux mesures»

Par Hassan GHEDIRI

La baisse du taux d’intérêt directeur décidée par la gardienne de la monnaie au cours des dernières heures de 2025 laisse opérateurs économiques et ménages sur leur faim. Et pour cause !

Bien qu’elle ait enfin accepté de desserrer, ne serait-ce que très légèrement, son étau sur les taux d’intérêt qui dure depuis plus de cinq ans, la Banque centrale de Tunisie (BCT) manque quand même de faire dissiper les incertitudes et les doutes qui planent sur sa politique monétaire. La détente - la première depuis plus de neuf mois - et qui se limite à 50 points de base risque fort de s’avérer illusoire en dépit des réactions favorables de plusieurs observateurs qui croient tout de même en la possibilité de créer une certaine dynamique au niveau des flux de crédits.

Mais si la BCT a jugé la conjoncture favorable (avec un reflux de l’inflation) pour opérer un léger desserrement de son taux directeur, elle ne peut toutefois pas justifier un flagrant deux poids deux mesures en ce qui concerne le loyer de l’agent.

En commentant la baisse du taux d’intérêt directeur de la BCT ramené à 7% et qui prendra effet le 7 janvier 2026, Ridha Chkoundali, professeur en sciences économiques, a été le premier à avoir dénoncé l’incohérence de la gardienne de la monnaie dans la mise en marche de sa politique de resserrement monétaire.

Il estime que la BCT se mettait dans une situation complètement embarrassante à cause de sa politique basée sur le renchérissement du loyer de l’argent pour les ménages et les entreprises dans le but d’éviter l’emballement de l’inflation. Sauf que cette même BCT, dans les mêmes conditions, se permettait d’accorder des prêts directs à l’Etat d’un montant colossal qui frôle les 25 milliards de dinars avec un taux d’intérêt égal à zéro.

Ainsi, l’institut d’émission se tolère délibérément d’autoriser à l’État ce qu’elle interdisait aux familles tunisiennes. Parce que financer le budget de l’’État à taux nul et avec un délai de grâce de trois ans, tout en imposant aux ménages des conditions de crédit particulièrement contraignantes, marquées par des taux d’intérêt prohibitifs, cela relève des politiques de deux poids, deux mesures.

Une situation qui met à nu une contradiction flagrante dans la conduite de la politique monétaire, alors même que les deux types d’emprunt servent, in fine, à financer la consommation.

Quand l’Etat jette son dévolu sur les ressources de la BCT, elle siphonne imprudemment des fonds devant normalement servir à stimuler les investissements privés. Une approche qui ne peut aucunement servir l’intérêt des Tunisiens parce que, toujours d’après Chkoundali, c’est une grave entrave à la croissance et à la création de richesses.

En 2026, comme il a été prévu dans la loi de finances adoptée par le Parlement, l’Etat compte contracter, auprès de la BCT, 11 milliards de dinars sans intérêt, ce qui est complètement opposé à une politique monétaire se voulant prudente et qui repose sur l’augmentation du taux directeur comme principal instrument pour juguler l’inflation.

H.G.

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