Par Hassan GHEDIRI
Alors que les économistes ne cessent de réclamer l’assouplissement d’accès aux crédits, l’incertitude plane sur la prochaine réunion de la gardienne de la monnaie, muette depuis juillet…
Cela fait exactement quatre mois et 24 jours depuis que le Conseil d’administration de la Banque centrale de Tunisie s’est réuni pour examiner la conjoncture économique, évaluer l’évolution des indicateurs fondamentaux et ajuster la politique monétaire. C’était, en effet, le 30 juillet 2025 que la haute autorité de décision au sein de l’institut d’émission a vu ses membres se mettre autour d’une table pour délibérer et faire les ajustements nécessaires face à l’inflation.
Mise en veille prolongée à cause de l’absence de quorum des suites de l’expiration du mandat de trois de ses membres dont les sièges sont restés vacants jusqu’au 12 décembre dernier, le Conseil d’administration de la BCT ne devrait pas tarder à renouer avec les réunions mensuelles. Logiquement, une réunion est ainsi attendue courant les prochains jours à même de rassurer les marchés et faire dissiper les inquiétudes des opérateurs économiques qui espèrent vivement un assouplissement monétaire.
Alors que la probabilité d’une nouvelle hausse des taux s’avère très faible eu égard à la tendance inflationniste qui dure depuis quelques mois, les économistes semblent presque certains du scénario de maintien des taux d’autant que le silence prolongé de la BCT n’a laissé présager aucune préférence.
Certains observateurs pensent même que la BCT devrait maintenir le taux actuel fixé 7,5% pendant encore plusieurs mois afin d’observer la mise en œuvre de l’action gouvernementale en rapport avec la nouvelle loi de finances.
Ce maintien serait justifié, encore une fois, par les risques haussiers pesant sur la trajectoire de l’inflation nécessitant la consolidation du processus engagé dans le but de ramener l’inflation à sa moyenne de longtemps, comme l’avait justifié la BCT au mois de juillet.
Restaurer la confiance
Le maintien des taux inchangé est toutefois de nature à prolonger l’incertitude et risque de retarder davantage les effets des réformes budgétaires, estime-t-on. Il risque aussi de compromettre la confiance des marchés en cas de mauvaise communication.
Mongi Mokaddem, universitaire expert en économie monétaire, ne pense pas que la BCT allait prendre des décisions qui transforment radicalement la politique monétaire. Il croit, d’ailleurs, que la dernière baisse des taux qui ont été amenés de 8 à 7,5% n’avait aucun impact concret sur la dynamique économique, s’agissant d’un assouplissement faible et insignifiant.
« Le taux d’intérêt de 7,5% est un taux suicide qui signifie que l’investisseur qui contracte un crédit dans ces conditions doit rembourser sa banque avec un taux proche de 13%.
Pour rentrer dans ses frais, il doit donc avoir un taux de rendement minimal de 20%, ce qui est tout simplement inimaginable en Tunisie», explique notre interlocuteur. Ceci dit, la BCT ne devait pas, selon lui, abandonner sa politique de durcissement monétaire basée sur une approche dogmatique qui veut que l’inflation est un phénomène monétaire auquel on réagit avec des instruments monétaires.
Seulement quand l'objectif est toujours de durcir l'accès aux crédits pour ralentir l'inflation, cela continuera de condamner durement l’investissement et l’épargne et par ricochet les PME et le commerce extérieur, etc. Mokaddem estime d’ailleurs que même la nouvelle loi de finances 2026 ne propose aucune orientation s’inscrivant dans un projet de développement avec des objectifs clairs fixés dans le court et le moyen terme. C’est-à-dire qu’en face d’un gouvernement qui continuera à naviguer à vue, il est difficile de voir la BCT prendre des décisions majeures.
H.G.

