Par Hassan GHEDIRI
Au prix actuel du phosphate sur le marché mondial, la Tunisie qui se contente d’une production inférieure à 4 millions de tonnes, aurait pu générer jusqu’à 4,2 milliards de dollars de revenus…
Il est triste de le dire mais la CPG, est synonyme des occasions ratées. L’industrie de phosphates qui contribuait, jusqu’il y a quelques années à plus de 4% du PIB et générait environ 10% des revenus des exportations, touche aujourd’hui le fond. La campagne supposée se remettre petit à petit sur pied après une longue descente aux enfers, continue apparemment de s’enfoncer dans une spirale de déficits.
C’est en effet ce que l’on pouvait déduire des dernières nouvelles selon lesquelles la direction de l’entreprise était incapable d’honorer les charges salariales du mois de mars. Une situation dépassant les limites de l’absurde pour un pays qui subit un manque à gagner colossal en raison de son incapacité à accroitre sa production de phosphate à l’heure où les prix mondiaux atteignent des sommets.
En fait, le non-paiement des salaires des employés de la Compagnie de phosphate de Gafsa (CPG) et également, selon certaines sources, de tous ceux travaillant dans les unités industrielles du Groupe chimique tunisien, a été l’évènement qui a marqué le début de cette semaine. Pourtant, il y a seulement quelques semaines, rien n’indiquait que la situation a été aussi critique dans le secteur.
La tendance a été d’ailleurs plutôt prometteuse en ce qui concerne l’évolution de la production et des exportations, comme la laisse entrevoir les chiffres communiqués par l’Institut national de la statistique (INS). Les exportations de phosphate et de ses dérivés auraient progressé de 15% en 2025, avait en effet annoncé l’INS. Une évolution qui marque une reprise prometteuse après une chute dépassant 26% au cours de l’année 2024.
Il faut souligner qu’en 2022, l’Etat s’était fixé un objectif très ambitieux de porter la production à 14 millions de tonnes à l’horizon de 2030 contre une moyenne annuelle demeurant actuellement au-dessous de 4 millions de tonnes. Pour ce faire, l’Etat avait notamment annoncé une panoplie de réformes et de projets d’investissements structurels visant à moderniser la production et augmenter les capacités de transport et de transformation de phosphates.
Un plan de développement adopté lors d’un conseil ministériel consacré au secteur de phosphates et qui s’étale sur la période 2026/2030 table par ailleurs sur une augmentation progressive de la production de phosphates à même de permettre notre pays de reconquérir sa place sur le marché mondial qui connait une hausse spectaculaire des prix.
Nombreux sont en effet les plans de restructuration et les investissements annoncés par les gouvernements successifs au cours de ces dernières années et qui sont supposés remédier aux dysfonctionnements qui entravent le secteur de phosphates et relancer la dynamique de production. Des projets qui nécessitent des gros investissements essentiellement sous forme de financements étrangers.
Des accords ont été conclus avec des fonds d’investissements arabes pour la modernisation des lignes ferroviaires reliant les zones de production dans le bassin minier aux unités de transformation à Gabes et Sfax. Il va falloir néanmoins attendre quatre et cinq ans pour voir ces projets d’infrastructure opérationnels et contribuer au développement de la production.
La Tunisie continuera alors de subir un manque à gagner colossal dans un contexte mondial marqué par une hausse considérable des prix de phosphates et des engrais liée à l’augmentation de la demande internationale et aux tensions géopolitiques.
Depuis début 2026 et le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient la paralysie du trafic des marchandises à cause du blocage du détroit d’Ormuz a fait grimper les prix de phosphate à plus de 700 dollars la tonne, soit un peu plus de 2 mille dinars tunisiens. Pour la Tunisie cela constitue un manque à gagner se chiffrant à plusieurs milliards de dinars.
Dans un marché mondial perturbé par les ruptures d’approvisionnement et des hausses de la demande, les pays producteurs de phosphates bénéficient directement de la hausse des prix internationaux.
Au prix actuel, la Tunisie qui se contente aujourd’hui d’une production inférieure à 4 millions de tonnes, aurait pu générer jusqu’à 4,2 milliards de dollars supplémentaires si elle avait exploité pleinement sa capacité de production estimée par les spécialistes à un peu plus de 10 millions de tonnes par an.
H.G.

