Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
Un corridor terrestre continental vers les pays d’Afrique subsaharienne, tel est le projet annoncé lors du forum économique tuniso-nigérien organisé en début de cette semaine à Tunis. Quelle est la faisabilité de ce projet ?
Le ministre du Commerce et du Développement des exportations, Samir Abid, et le ministre du Commerce et de l’Industrie de la République du Niger, Abdoulaye Seydou, ont présidé les travaux du forum des hommes d’affaires des deux pays, organisé au siège du Centre de promotion des exportations, en présence du président-directeur général du centre, de l’ambassadeur du Niger en Tunisie (résidant en Algérie) ainsi que d’un groupe d’hommes d’affaires des deux parties.
Samir Abid a expliqué à cette occasion que « l’orientation vers les pays d’Afrique subsaharienne constitue un défi stratégique pour le développement des échanges commerciaux. Dans ce cadre, la Tunisie a lancé la préparation d’un projet de corridor terrestre continental, en coordination avec la partie libyenne. Ce corridor partirait du poste frontalier de Ras Jedir pour atteindre les pays d’Afrique subsaharienne, notamment le Niger, le Tchad, le Mali, le Burkina Faso et la République centrafricaine ».
Interrogé à ce sujet, l’expert en économie et en finances, Mohamed Salah Jennadi, nous a confié : « Certes, ce projet contribuera à réduire les coûts et les délais des opérations d’exportation, à atténuer les difficultés liées au transport et à la logistique, et à favoriser l’intégration africaine, mais au vu de la conjoncture actuelle et de la crise libyenne, la faisabilité d’un tel projet reste incertaine ».
Et d’ajouter : « Aussi bien la Tunisie que le reste de ses voisins comme l’Algérie et le Maroc, peinent depuis des années à s’ouvrir sur le reste du continent en raison de l’instabilité politique dans certains pays africains notamment dans la région du Sahel ». Que faire, alors, pour lever ces obstacles ?
Défis et enjeux …
Pour notre interlocuteur : « Certes, plusieurs obstacles se dressent devant la réalisation de ce projet, mais, le rêve est permis d’autant que la Tunisie a choisi depuis des années d’ancrer son économie dans l’espace africain et de renforcer son intégration en tant que choix stratégique.
Elle a été parmi les premiers pays à participer à l’initiative de commerce guidé dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), enregistrant près de 400 opérations d’exportation réalisées par des entreprises tunisiennes grâce à l’utilisation du certificat d’origine sur les marchés africains. Ces opérations concernent des secteurs à forte valeur ajoutée tels que les composants mécaniques et électroniques, le textile et l’habillement, ainsi que les industries agroalimentaires.
Et pour renforcer cette coopération, la Tunisie dispose de plusieurs atouts comme l’expertise industrielle tunisienne et des opportunités offertes dans le cadre de l’accord ZLECAf. La responsabilité commune impose, alors, de structurer les échanges et de diversifier les produits dans les deux sens, tout en encourageant les partenariats industriels et en facilitant l’investissement ».
L’expert, Mohamed Salah Jennadi, estime, par ailleurs, que « le renforcement de la coopération avec les pays d’Afrique subsaharienne, qui représentent une ceinture de sécurité pour la Tunisie, fait face à plusieurs défis, en particulier les problèmes de transport qui entravent le rythme des échanges commerciaux. En plus de la faiblesse de la représentation diplomatique tunisienne et la nécessité urgente d’ouvrir davantage d’ambassades afin de faciliter la communication et la coordination avec les partenaires africains dans divers domaines.
La coopération avec les pays d’Afrique subsaharienne doit prendre également en considération les besoins des pays subsahariens dans plusieurs domaines vitaux, notamment la santé, l’enseignement supérieur, la formation professionnelle ainsi que les technologies de l’information et de la communication ».
Ainsi, entre ambition stratégique et contraintes géopolitiques, le corridor terrestre vers l’Afrique subsaharienne apparaît comme un pari audacieux plutôt qu’une certitude immédiate. Mais au-delà des obstacles, une conviction s’impose : l’avenir économique de la Tunisie se joue aussi au sud. Reste à transformer ce rêve africain en réalité concrète, en conjuguant vision, stabilité et action durable.
M.B.S.M.

