Par Hassan GHEDIRI
Toutes les banques centrales sont aujourd’hui dans une situation embarrassante face aux incertitudes liées à la guerre au Moyen-Orient, susceptibles de relancer le cycle de durcissement monétaire.…
Vingt jours de guerre au Moyen-Orient ont suffi à la Banque centrale européenne pour reconsidérer les perspectives de l’évolution de l’inflation et de la croissance dans le marché commun. « Ce qui est en train de se produire actuellement est un choc sévère », avait en effet estimé Christine Lagarde, la présidente de la BCE, la semaine dernière, pour résumer l’inquiétude de son institution face à la guerre au Moyen-Orient.
Bien que la plus haute autorité monétaire de la zone euro s’abstienne pour le moment de toucher à son taux directeur qui se maintient au niveau de 2%, l’envolée des prix du pétrole et du gaz rendra toutefois presque inévitable une, voire deux hausses des taux au cours des prochains mois.
C’est en effet ce que croient beaucoup d’analystes de l’autre côté de la Méditerranée au vu des grandes incertitudes que la guerre au Moyen-Orient fait planer sur la zone euro. Un conflit qui se durcit de jour en jour mais qui peut également s’arrêter rapidement rendant difficile de faire des prévisions précises.
Ce qui se passe dans la zone euro ne peut, néanmoins, pas ne pas avoir des répercussions directes ou indirectes sur les équilibres économiques et financiers en Tunisie.
Il faut aujourd’hui attendre la prochaine réunion du Conseil d’administration de la BCT pour voir plus clair quant aux perspectives de l’évolution de la politique monétaire dans un environnement géopolitique chaotique et devant le risque d’un emballement sans précédent des prix.
Statu quo
Dans le dernier communiqué datant du 11 février 2026, soit un peu plus de deux semaines avant le début de l’embrasement du Moyen-Orient, le Conseil d’administration de la BCT avait, rappelons-le, décidé de maintenir son taux directeur inchangé à 7%.
Il avait alors justifié sa prudence par la tendance, à l’échelle internationale, des banques centrales des principales économies à opter pour le statu quo au regard des incertitudes entourant les politiques commerciales et l’évolution des prix.
S’agissant du statu quo, la BCT, elle, l’a maintenu pendant deux longues années, en gardant son taux inchangé à 8% depuis fin2022/début2023 jusqu’au mois de mars 2025. Malgré les critiques de beaucoup de spécialistes et de vives contestations des opérateurs économiques, la BCT a obstinément gardé son taux d’intérêt élevé afin de juguler l’inflation.
Une autre baisse, la deuxième en 3 ans, de 50 points de base a été décidée par le conseil d’administration fin décembre dernier en portant taux à 7%. Un taux qui a continué à être jugé excessif par les acteurs économiques. Un mécontentement qui risque d’être prochainement accentué par un nouveau durcissement monétaire sur fond de la flambée de l’énergie provoquée par le conflit dans la région du Golfe.
Toutes les banques centrales sont aujourd’hui dans une situation très délicate a vu des incertitudes suscitées par le conflit au Moyen-Orient et le renchérissement du prix du pétrole qui peut constituer un choc majeur susceptible de bouleverser les politiques monétaires. La BCT ne fait pas l’exception.
Reste à savoir si, face à cette nouvelle poussée d’incertitudes, la BCT choisira encore la voie de la prudence, souvent considérée exagérée, en privilégiant la lutte contre l’inflation au détriment d’une reprise déjà fragile. Un éventuel relèvement des taux, dans un contexte de croissance encore précaire, risquerait d’alourdir davantage le fardeau des entreprises et des ménages.
H.G.

