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Mohamed Garfi, une vie entre musique, recherche et création

Le musicologue, compositeur et chef d’orchestre tunisien Mohamed Garfi s’est éteint dimanche 13 septembre, à l’âge de 77 ans, laissant derrière lui une œuvre qui aura accompagné plusieurs décennies de la vie musicale tunisienne.

 Né à Tunis le 17 novembre 1948, il avait très tôt placé la musique au cœur de son parcours. Formé au Conservatoire national de musique de Tunis, puis à la Schola Cantorum de Paris, il poursuit ses études à l’université Paris-Sorbonne où il obtient un DEA et un doctorat en musicologie. Une double formation qui dit beaucoup de sa démarche : faire dialoguer la pratique musicale, la recherche et la transmission.

En 1969, il rejoint l’Orchestre symphonique tunisien dès sa création en tant qu’altiste. Mais sa trajectoire ne tarde pas à prendre une autre dimension. Fondateur de l’Orchestre 71, puis de l’Orchestre arabe de la ville de Tunis, qu’il dirige durant les années 1980, il participe à une période d’effervescence de la scène musicale tunisienne.

Avec cet orchestre, il explore notamment le théâtre chanté, forme alors nouvelle dans le paysage tunisien. Des créations, des voix nouvelles, des expériences scéniques : Mohamed El Garfi conçoit l’orchestre comme un espace de rencontre et d’invention. Après cette aventure, il fonde l’ensemble Zakharef Arabiyya et poursuit son travail de création.

Son univers puise dans la poésie et les grandes voix de la littérature arabe. Il met en musique Abou el Kacem Chebbi, Mahmoud Darwich, Abou Nouwas, Ahmed Fouad Najm, Mansour Rahbani, Saïd Akl et plusieurs autres poètes, faisant de la parole un territoire musical. À son actif figurent également plusieurs opérettes, dont « Branches rouges », « Cantate pour le Liban » et « Histoire de Carthage ».

Le cinéma n’est pas absent de cette œuvre. Il compose notamment pour « Et demain… ? » de Brahim Babaï et pour « Pique-nique », l’un des courts- métrages réunis dans « Au pays du Tararanni » de Férid Boughedir.

Des grandes scènes du Festival international de Carthage à celles du Festival de la médina et du Théâtre municipal de Tunis, Mohamed Garfi aura également conçu de nombreux spectacles, notamment pour les ouvertures et les clôtures de grands rendez-vous culturels.

Mais au-delà des œuvres et des spectacles, reste une démarche : celle d’un homme qui n’a cessé de faire circuler la musique entre les époques, les traditions et les formes. Enseignant à l’Institut supérieur de musique de Sousse, chercheur et créateur, il aura transmis autant qu’il aura composé.

Avec Mohamed Garfi disparaît une figure de la musique tunisienne dont le parcours aura été traversé par une même exigence : écouter l’héritage sans le figer et créer sans rompre avec la mémoire. Une musique s’éteint avec son auteur, mais certaines traces continuent de résonner bien après le dernier accord.

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