En présence de la ministre des Affaires culturelles, Amina Srarfi, ainsi que d’une pléiade d’acteurs du monde théâtral, culturel et artistique, le Théâtre de l’Opéra à la Cité de la Culture Chedly Klibi-Tunis a abrité la cérémonie de célébration de la Journée mondiale du théâtre, célébrée chaque année le 27 mars.
À cette occasion, le Théâtre national tunisien (TNT) et l’Opéra de Tunis, en partenariat avec l’Organisme tunisien des droits d’auteur et des droits voisins (OTDAV), ont proposé un programme spécialement conçu pour cet événement international.
Les festivités d’ouverture ont débuté dans le hall principal de la Cité de la Culture avec le spectacle « Clown », produit par l’École de l’acteur relevant du Théâtre national tunisien. La célébration s’est ensuite poursuivie dans la salle de l’Opéra avec une soirée artistique présentée par le directeur général du Théâtre national tunisien, Moez Mrabet, et la directrice du pôle théâtre et arts scéniques au Théâtre de l’Opéra, Mme JamilaChihi. La soirée a été marquée notamment par un hommage rendu à plusieurs figures du théâtre ayant enrichi la scène artistique : Mounira Zakraoui, Fetha Mehdoui, Jamel Meddani, Lassaad Ben Abdallah, le critique Mohamed Moumen, Hassen Moedhen, Malika Hachemi, Ali Khemiri, Sabah Bouzouita et le technicien Mohamed Hedi Belkhir.
La cérémonie d’hommage a été précédée par la montée sur scène de l’artiste Lassaad Jamoussi, qui a donné lecture du message international du théâtre, rédigé cette année par l’acteur américain et créateur de théâtre Willem Dafoe, et traduit en arabe par le journaliste, critique et écrivain tunisien Lotfi Arbi Snoussi. Ce message a appelé à retrouver la dimension humaine dans un monde marqué par la violence et l’isolement numérique.
Il a également souligné l’importance renouvelée du théâtre en tant qu’art vivant fondé sur l’interaction directe entre l’acteur et le public, et comme espace essentiel pour approfondir la compréhension humaine dans un contexte mondial marqué par la montée des violences et des divisions. Évoquant les conflits et les tensions que traverse l’humanité, le texte a mis en garde contre les effets des technologies modernes et des réseaux sociaux qui, malgré leurs promesses de communication, ont contribué à fragiliser les relations humaines et à accentuer l’isolement. Il a enfin appelé à préserver l’essence du théâtre, loin des orientations commerciales et des formes figées, tout en réaffirmant son rôle dans le questionnement du réel et la stimulation du dialogue entre les individus et les sociétés.
Le public a ensuite assisté à des intermèdes musicaux proposés par le duo Aziz et Kenza Zaouaoui, avant de laisser place à la troupe de la pièce « Les Fugueuses » pour une représentation de cette œuvre mise en scène par WafaTaboubi, dans une production conjointe du Théâtre national tunisien et Ostoura Production, avec le soutien du ministère des Affaires culturelles. La création est signée par WafaTaboubi au niveau du texte, de la mise en scène et de la scénographie, et réunit Fatma Ben Saïdane, MouniraZakraoui, LobnaNoomene, OumaimaBahri, Sabrina Amor et Oussama Hnaieni.
La pièce se déploie dans un espace évoquant une étrange salle d’attente où cinq femmes et un homme se retrouvent dans l’attente d’un événement ou d’une présence qui ne viendra jamais. Cette attente devient une métaphore existentielle, explorant la quête de sens dans un monde fragilisé, où la « fuite » prend une dimension psychique et intellectuelle, comme une échappée vers un horizon plus vaste. Le plateau se transforme en un labyrinthe intérieur où se croisent les conflits des personnages avec eux-mêmes et avec les autres, autour de questions liées à l’identité, au destin et à la possibilité d’un salut individuel dans un monde en crise. Cette œuvre a été couronnée par le Grand Prix de la 16ème édition du Festival du théâtre arabe en janvier 2026, ainsi que par le Tanit d’or lors de la 26ème édition des Journées théâtrales de Carthage, en plus du Grand Prix de la troisième édition du Festival national du théâtre tunisien « Saisons de la création ».
Le programme de la célébration de la Journée mondiale du théâtre, se poursuit tout au ond d’une semaine à travers un programme artistique riche et varié, inscrit dans le cadre de la quatrième édition de la manifestation « Tunis Théâtres du Monde » (27 mars-3 avril 2026) avec au menu des spectacles tunisiens et internationaux, aux couleurs de l’Espagne, de la Croatie, de la Turquie et de la Russie, portant des thématiques humaines universelles.
« KolochiBaw » (Espagne)
La salle le 4ème Art à Tunis, accueille le 28 mars le spectacle « KolochiBaw » de la chorégraphe et metteuse en scène malienne Aïda ColmeneroDíaz. Créée à Bamako début 2022, l’œuvre évoque les « gardiens » en langue bambara, en référence à ceux qui veillent sur le temps, la mémoire et le sacrifice. Elle s’inscrit dans un contexte marqué par la redéfinition des relations entre le Mali et la France, proposant une lecture critique de l’héritage colonial et du rôle des élites africaines dans sa perpétuation ou son dépassement. Le spectacle interroge également les processus de construction, tant matériels que symboliques, ainsi que la formation des imaginaires urbains, en mettant en scène les dynamiques de la mémoire et les tensions entre tradition et modernité, tout en accordant à la lumière une place structurante dans l’espace scénique.
« Cloche » (Tunisie)
Le 29 mars, le public découvrira « Cloche » d’AssemBettouhami, qui en assure la dramaturgie, la scénographie et la mise en scène, sur un texte coécrit avec Mohamed ChawkiKhouja, avec une chorégraphie de MarwanRouine. Interprétée par Sonia Zarqa Ayouna, Abdelkrim Bannani, Ridha Jaballah et MarwanRouine, cette production du Théâtre national tunisien se déroule le temps d’une nuit, réunissant quatre invités autour d’un dîner dans un espace oscillant entre le réel et l’étrange. Cette rencontre devient un moment de réflexion où émergent tensions intérieures et interrogations sur la vie, la mémoire et le sens de l’existence.
« Les Nuits Blanches » (Russie)
Le 30 mars sera consacré à la pièce « Les Nuits blanches » de la metteuse en scène Natalia Nikolaieva, inspirée du texte éponyme de l’écrivain russe Fiodor Dostoïevski. La ville de Saint-Pétersbourg y devient un personnage à part entière, avec ses lumières et ses ombres, accompagnant l’histoire d’un jeune rêveur vivant dans un univers imaginaire, jusqu’à sa rencontre avec Nastenka. Leur relation, d’abord fugace, évolue vers une expérience émotionnelle intense, interrogeant l’amour, l’attente et le bonheur.
« 9 » (Tunisie)
Le 31 mars, le public aura rendez-vous avec la pièce « 9 » de MoezGdiri, d’après un texte de HaithemMoumni, réunira sur scène Meriem Ben Hmida, HaythemMoumni et MarouaneMissaoui. L’œuvre dépeint un monde figé après un effondrement total, où un personnage solitaire lutte face à son destin dans un espace où se mêlent vie et mort, affrontant la perspective d’une fin qu’il tente de repousser.
« The Last Human » (Turquie)
Le 1er avril, « The Last Human », produite par Ankara State Theatre et mise en scène par PınarTöreKarayel, proposera une vision d’un monde post-guerre dominé par l’ego humain, laissant l’individu seul face à lui-même, dans une réflexion sur les actes de l’humanité et son devenir.
« In the Belly of the Whale » (Tunisie-Croatie)
Le 2 avril, « In the Belly of the Whale » (fi batn el hout) de MarwaManai, coproduction entre le Théâtre national tunisien et le Théâtre national croate de Rijeka, s’inspire de textes d’Iva Papić, DoroteaŠušak, Samia El Amami et Mouna Ben HajZekri. La pièce aborde les enjeux de la migration irrégulière et les violences subies dans les centres d’accueil à travers plusieurs personnages, offrant une lecture profondément humaine de la quête de dignité et de sécurité.
« Call Center Tragedy » (Tunisie)
Le programme s’achèvera le 3 avril avec « Call Center Tragedy » (jacaranda)de NizarSaïdi, sur un texte et une dramaturgie d’AbdelhalimMessaoudi, produit par le Théâtre national des jeunes relevant du Théâtre national tunisien (2025). Interprétée par Hammouda Ben Hassine, AsalaKhouass, Anis Kammoun, ThawebIdoudi, HelmiKhelifi, Mohamed ArafetGuizani et Hasna Ghannem, la pièce dresse le portrait d’une jeunesse en quête de repères, à travers des employés d’un centre d’appels évoluant entre un passé flou et un présent incertain, révélant une crise d’appartenance et une quête de sens.

