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Football et médias en Tunisie: quand la couverture médiatique fragilise le sport national !

Nous reprenons, ici, un article rédigé par notre collègue et ami Kaïs Ben Mrad intitulé « Football et médias en Tunisie: quand la couverture médiatique fragilise le sport national ! », qui revient, avec un esprit critique, sur la couverture de la CAN 2025. Voici le contenu de cet article :

Comme à chaque grande désillusion de la sélection nationale de football, de nombreuses voix se sont élevées pour critiquer et faire assumer la responsabilité au staff technique, aux membres de la Fédération tunisienne de football et aux joueurs.

Certes, ces acteurs assument une part importante de la responsabilité du fiasco survenu lors de la CAN au Maroc, mais ils ne sont pas les seuls concernés par la triste réalité du football tunisien.

Chaque partie influente de l’environnement du « sport roi » en Tunisie doit balayer devant sa porte. Dans ce contexte, une partie de la presse sportive porte également une responsabilité non négligeable, non seulement dans la dégradation de l’ambiance avant et pendant la CAN, mais aussi dans le pourrissement général de l’ambiance du football tunisien.

La couverture médiatique de la sélection tunisienne à la CAN a, dans ce cadre, une nouvelle fois mis en évidence l’état préoccupant de la presse sportive et reflété l'agitation du football tunisien hors des terrains.

L’espace médiatique est de plus en plus investi par des acteurs dépourvus de légitimité professionnelle: chroniqueurs insuffisamment qualifiés, entraîneurs ratés, anciens joueurs limités, pseudo-journalistes ou collaborateurs irresponsables parlant de football sans réelle connaissance.

Malheureusement, ce constat très remarqué pendant la CAN à cause de l’importance de l’événement et de la dangerosité des dépassements,  n’est pas une dérive passagère liée à l’engouement de cette compétition, mais un dysfonctionnement structurel désormais largement normalisé.

Depuis plusieurs années, les plateaux télévisés se sont transformés en scènes où prolifèrent des prises de position subjectives, des jugements partisans, des attaques personnelles et un régionalisme inquiétant, souvent au détriment des principes élémentaires du débat public et de l’unité nationale.

Ce phénomène reflète une dégradation plus large des normes professionnelles, notamment en matière de neutralité, de rigueur et de respect des règles déontologiques du journalisme.

En offrant une tribune à des intervenants irresponsables, (agissant simplement comme des supporters fanatiques), sans critères de sélection ni formation, certains médias ont favorisé l’émergence d’un ensemble de chroniqueurs évoluant en dehors de tout cadre déontologique. Ce qui inquiète particulièrement, c’est la manière dont certains expriment ouvertement leur partisanerie, sans retenue ni scrupule, orientant leurs chroniques contre des adversaires désignés et alimentant des conflits régionaux au sein du pays.

Certains n’ont pas hésité à accuser exclusivement l’entraîneur Sami Trabelsi, son staff ou certains joueurs en raison de leur origine régionale, tandis que d’autres pointaient des responsables spécifiques, Houcine Jenayah et Zied Jaziri  en l’occurrence, comme seuls responsables du fiasco.

Alors que les plateaux de certains médias régionaux se sont acharnés sur le joueur Yassine Meriah parce qu’il évolue à l’Espérance, ainsi que sur les radios de la capitale. Dans certains médias, on ne parle plus de journalisme, mais d’affrontements idéologiques, où la prise de parole devient l’expression directe d’affiliations partisanes.

Les chaînes de télévision et radios, loin de jouer un rôle régulateur au moins pendant cet événement continental, ont continué à offrir ces tribunes à des correspondants et des intervenants irresponsables, contribuant à la polarisation et à la détérioration de l’ambiance autour de la sélection nationale.

Plus inquiétant encore est le silence persistant des véritables journalistes présents sur ces plateaux, qui connaissent pourtant les règles déontologiques et savent distinguer le discours acceptable de celui qui ne l’est pas. Ils se taisent, détournent le regard, voire acquiescent ou relancent ces prises de position, alors même que les fondements du journalisme sont publiquement bafoués. 

Les propriétaires de certains médias portent également une lourde responsabilité. En privilégiant l’audience au détriment de l’éthique, ils ont sacrifié la crédibilité sur l’autel du sensationnel. Les débats équilibrés peinent désormais à exister, tandis que les confrontations spectaculaires, les invectives et les mises en scène conflictuelles sont devenues les principaux vecteurs d’audience.

Cette dérive affecte l’ensemble de la profession journalistique: les vrais journalistes sportifs attachés à la déontologie se retrouvent marginalisés et leur image, ainsi que celle de leur métier, est fragilisée.

Face à cette situation, il est impératif d’enrayer cette dynamique. Les instances d’autorégulation de la presse, telles que le Conseil de la Presse et la Haute Autorité de Communication Audiovisuelle, doivent être pleinement opérationnelles et bénéficier des prérogatives nécessaires pour assainir le secteur, garantir l’indépendance et la qualité du journalisme, et veiller au respect strict des règles déontologiques.

Les responsables de médias et producteurs doivent assumer leur rôle de garants de l’éthique, et les véritables journalistes sportifs doivent refuser toute forme de complicité, y compris passive, avec ces dérives qui minent la confiance du public, érodent la nuance et affaiblissent la vérité.

Le renouveau du football tunisien passe par l’assainissement de son environnement et l’amélioration de son écosystème global. Le développement de la presse sportive et la qualité des intervenants médiatiques en constituent une composante essentielle.

K.B.M

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