Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
En attendant son adoption finale, le projet de loi de finances pour l’exercice de 2026 fait toujours l’objet de plusieurs réserves émanant de députés qui le jugent irréaliste, notamment au niveau des chiffres. Comment le gouvernement compte-t-il financer son budget ?
Alors que les travaux de la séance plénière conjointe de l’Assemblée des représentants du peuple et du Conseil national des régions et des districts ont démarré vendredi dernier, en présence de la ministre des Finances, Michket Slama Khaldi, certains députés ont émis plusieurs réserves quant à la capacité du gouvernement à trouver les ressources nécessaires pour financer ce budget.
Pour le député du bloc “Pour que le peuple triomphe”, Nouri Jreidi, : « Ce budget reprend une série de slogans creux copiés sur ceux des exercices précédents, avec seulement des modifications chiffrées ». Et de marteler : «Le budget 2026 repose à 90 % sur la fiscalité, avec un recours accru à l’endettement. Il tend également à réduire le rôle de la Banque centrale de Tunisie, sans proposer de solutions concrètes pour lutter contre l’économie de rente ».
Nouri a, en outre, indiqué et ce selon une dépêche de l’agence TAP qu’il s’agit « d’un budget qui injecte chaque année des milliards dans des entreprises et institutions publiques en faillite, dépourvues de programmes de réforme, tout en prévoyant un plan quinquennal de développement 2026-2030 incluant des projets locaux et régionaux que même les économies les plus solides ne pourraient financer ».
Idem pour le député indépendant, Abdelhalim Boussemala, qui a indqiué que « la diversification des sources de financement ne doit pas passer par des impôts supplémentaires sur la richesse ou l’immobilier, mais par la stimulation des moteurs fondamentaux de la croissance et de l’investissement ». Comment, justement, le gouvernement compte financer ce budget ?
Fiscalité agressive…
Interrogé à ce sujet, l’expert en économie et finances, Mohamed Salah Jeanndi, nous a déclaré : « L’on sait d’ores et déjà que le Budget de l’Etat pour l’année 2026 a été fixé au niveau de 79 624 millions de dinars (MD), en hausse de 3,9% par rapport aux résultats attendus durant l’exercice 2025, selon le document du projet de Budget de l’Etat.
En chiffres, les ressources de trésorerie devraient s’élever à 27 milliards de dinars en 2026. Elles financeront notamment le déficit de l’État (11 milliards de dinars) et le remboursement de la dette intérieure (7,932 milliards de dinars) et extérieure (7,917 milliards de dinars). Ces ressources proviendront essentiellement des emprunts intérieurs (19 milliards de dinars) et des emprunts extérieurs (6,8 milliards de dinars).
Aussi, l’article 12 de ce projet de loi de finances autorise la Banque centrale de Tunisie (BCT) à accorder des facilités de financement à la trésorerie générale de l’État pour 11 milliards de dinars, remboursables sans intérêts sur 15 ans, avec une période de grâce de 3 ans. Seulement et selon le constat fait par plusieurs députés, ce budget repose, au niveau des ressources de son financement, sur une fiscalité supérieure à 90 %.
Les conséquences sont, bien évidemment, néfastes et graves puisque cette fiscalité va exercer une pression sur les entreprises, notamment les petites et moyennes entreprises (PME), piliers de l’économie nationale.
Il est, alors, nécessaire de passer à des réformes structurelles courageuses. Cela doit passer par plusieurs réformes comme la détermination rapide des revenus issus des biens confisqués, des terres domaniales, de la production d’hydrocarbures livrée à la Société tunisienne des activités pétrolières à des prix préférentiels, ainsi que des partenariats public-privé.
L’Etat doit aussi s’attaquer au marché parallèle en mettant en place une stratégie réaliste et juste pour une intégration rapide dans le circuit conventionnel ».
M.B.S.M.

