contactez-nous au 71 331 000
Abonnement

« Cotton Queen » au CinéMadart : Au fil du coton, le Soudan entre traditions et émancipation

Par Imen ABDERRAHMANI

Entre héritage et modernité, «Cotton Queen» («Al-Sitt») de la réalisatrice soudanaise Suzannah Mirghani dresse le portrait sensible d’une jeunesse soudanaise en quête d’avenir. Le film est projeté aujourd’hui à 15h au CinéMadart dans le cadre de la Semaine des films de femmes.

Avec ce premier long-métrage délicat et lumineux, Suzannah Mirghani explore les tensions entre traditions enracinées et aspirations contemporaines au sein d’une communauté rurale soudanaise. Présenté en première mondiale à la 82è édition du Festival international du film de Venise, dans la section Semaine internationale de la critique, le film a retenu l’attention pour son regard sensible et rarement porté sur le Soudan. Bien applaudi lors de sa projection aux Journées cinématographiques de Carthage (JCC) 2025, le film a remporté le prix TV5 Monde de la meilleure première œuvre. 

L’intrigue se déploie dans un village vivant au rythme de la culture du coton, pilier historique de l’économie locale et élément structurant de la vie sociale. Nafissa, quinze ans, partage son quotidien entre les champs et la présence protectrice de sa grand-mère « Al-Sitt », figure matriarcale respectée qui veille sur les traditions du village.

À travers les récits d’Al-Sitt sur les luttes contre la domination britannique, l’adolescente découvre peu à peu l’histoire de sa terre et la mémoire collective de sa communauté. Mais l’équilibre fragile du village vacille lorsqu’un jeune entrepreneur expatrié propose un projet de développement fondé sur l’introduction de coton génétiquement modifié. La promesse de modernisation qu’il porte divise rapidement les habitants.

Traditions et rebellion

Plongée malgré elle dans ces tensions, Nafissa se retrouve au cœur d’enjeux qui dépassent son âge. Tandis que la communauté s’interroge sur son avenir, la jeune fille commence à affirmer sa propre voix. Entre fidélité à l’héritage familial et désir de choisir son destin, elle amorce un chemin d’émancipation qui transformera peu à peu sa vision du monde. Au fil du récit, elle nage dans le fleuve malgré les interdits de sa grand-mère, parle d’amour et glisse en secret sur le papier des poèmes qui lui ressemblent : libres, sensibles, rebelles.

Le coton occupe dans le film une place à la fois matérielle et symbolique. Ressource essentielle pour l’économie soudanaise, il reste également lié au passé colonial et aux systèmes d’exploitation instaurés sous la domination britannique. La réalisatrice joue de cette ambivalence : matière légère et presque poétique, le coton devient le fil conducteur d’une réflexion sur la mémoire, la terre et l’identité.

À travers le personnage de Nafissa, incarné par la jeune actrice Mihad Murtada, « Cotton Queen » propose aussi un regard profondément humain et féministe sur la société soudanaise et sur le vécu des jeunes adolescentes. 

La réalisatrice, Suzannah Mirghani, avait initialement prévu de tourner le film au Soudan, dans le prolongement d’un court métrage inspiré de cette même histoire. Le déclenchement de la guerre l’a toutefois contrainte à déplacer le tournage en Égypte, sans rien ôter à l’authenticité du récit ni à son profond ancrage culturel.

Ces regards cinématographiques féminins

La projection de ce film est orchestrée par le  réseau « Masahat Aflamuna » qui organise, depuis le 6 mars et jusqu’au 12 de ce mois, la Semaine des films de femmes, une manifestation cinématographique arabe accueillie dans les espaces de cinéma communautaire du réseau et dédiée aux questions et aux droits des femmes à travers le cinéma.

L’événement se déroule dans 29 espaces répartis dans huit pays arabes, à savoir l’Irak, le Yémen, la Tunisie, la Syrie, la Palestine, le Liban, la Libye et l’Égypte et propose 43 projections gratuites de six films arabes inspirés d’expériences féminines diverses.

Ces œuvres abordent des thèmes tels que le choix, la mémoire, le corps ou la quête de soi face aux contraintes sociales, dans des récits où les femmes apparaissent pleinement comme les actrices de leurs propres histoires.

I.A.

Partage
  • 25 Avenue Jean Jaurès 1000 Tunis R.P - TUNIS
  • 71 331 000
  • 71 340 600 / 71 252 869