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Tourisme de croisière : Une relance et des problèmes

Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI

Le tourisme de croisière connaît depuis 2025 une reprise notable avec des milliers de touristes qui débarquent trois jours par semaine au port de La Goulette. Comment profiter de cette aubaine pour faire de la Tunisie une grande destination pour les croisiéristes ?

Les ports tunisiens notamment celui de La Goulette a accueilli des milliers de touristes dans le cadre de croisières méditerranéennes, avec des prévisions de croissance continue et l’inclusion de la Tunisie dans les programmes de compagnies internationales telles que Carnival Cruise Line. Les activités se concentrent sur la visite des sites historiques et culturels de la capitale, de Carthage et de Sidi Bou Saïd, ce qui dynamise les secteurs du transport et du commerce traditionnel.

En chiffres, le port de La Goulette constitue le principal hub d’accueil des navires de croisière. Il a connu une forte reprise de l’activité avec plus de 350 000 touristes en 2025 et des perspectives de croissance en 2026. Les circuits incluent la visite de sites archéologiques (Carthage) et pittoresques (Sidi Bou Saïd), ainsi que la Médina de Tunis et les Souks.

L’autre bonne nouvelle concerne la compagnie « Carnival » qui a annoncé l’intégration du port de La Goulette dans ses programmes pour la saison 2027-2028, ce qui renforce la position de la Tunisie à l’échelle mondiale. Pour certains observateurs, la balle est maintenant dans le camp du ministère du tourisme qui devrait remédier à certaines faiblesses notamment au niveau de l’infrastructure et la réhabilitation des sites historiques ainsi que l’embellissement des villes côtières.

A cet effet, l’expert en tourisme et hôtelier, Hafedh Ammous, nous a confié : « Dans un contexte post-crises notamment celle du Covid, le retour des croisières constitue un levier d’accélération pour la relance de l’ensemble du secteur touristique. Parallèlement, les infrastructures portuaires connaissent un développement progressif. Des ports comme La Goulette et Sousse ont ainsi amélioré leurs équipements afin de répondre aux standards des compagnies internationales, renforçant l’attractivité de la destination tunisienne.

Chaque escale devient une opportunité économique majeure, capable de dynamiser toute une région en un temps relativement court. Par ailleurs, la Tunisie commence progressivement à s’affirmer comme un port de départ pour les croisières.

N’empêche que des efforts doivent être consentis pour rendre nos villes côtières plus attractives. A titre d’exemple, il est urgent de restaurer le monument historique de la Karraka de La Goulette et des quartiers avoisinants telle la Petite Sicile. Il est inconcevable qu’un tel monument situé juste en face du port de La Goulette soit dans cet état ».

210 mille visiteurs en 3 mois …

Même si les indicateurs de l’année 2026 confirment cette tendance à la hausse, avec environ 210 000 visiteurs enregistrés au cours des premiers mois seulement, les experts estiment que la Tunisie peut mieux faire pour devenir un hub pour le tourisme de croisière. Pour l’expert, Hafedh Ammous : « cela nécessite des facilités supplémentaires, notamment en ce qui concerne les opérations de paiement en devises et l’organisation du village de croisière ainsi que la simplification des conditions d’activité.

A plus grande échelle, la Tunisie peut également attirer les marchés nord-américains en proposant des offres combinant tourisme culturel et croisières en Méditerranée. Ainsi, le retour des croisières ne représente pas seulement une reprise d’activité, mais reflète une transformation stratégique profonde, la Tunisie cherchant à devenir un hub régional et international dans ce domaine ».

Et d’ajouter : « Malgré la courte durée d’escale des navires dans notre pays, ces visites rapides contribuent à dynamiser de nombreux secteurs tels que la restauration, le transport, les excursions touristiques et le commerce local, soutenant ainsi l’afflux de devises vers l’économie nationale. L’impact ne se limite pas aux chiffres : ces visiteurs participent également à la mise en valeur de la richesse du patrimoine tunisien à travers les médinas, les marchés traditionnels et les sites historiques.

La majorité d’entre eux s’oriente vers des activités culturelles ou l’achat de produits artisanaux, offrant ainsi une visibilité internationale aux métiers d’art tunisiens. Tapis, céramiques et autres produits traditionnels attirent de nouveaux clients, ce qui contribue à la préservation de ces savoir-faire. Cette dynamique a également des retombées positives sur le marché de l’emploi, bénéficiant aux guides touristiques, restaurateurs, chauffeurs, travailleurs portuaires, artisans et à bien d’autres acteurs ».

En somme, si le retour en force du tourisme de croisière ouvre des perspectives prometteuses pour la Tunisie, il met aussi en lumière des défis structurels qui ne peuvent plus être ignorés.

Entre modernisation des infrastructures, valorisation du patrimoine et amélioration de l’expérience des visiteurs, le potentiel est réel mais encore sous-exploité. La Tunisie a aujourd’hui une carte à jouer : transformer ces escales éphémères en véritables vitrines durables de son attractivité. À défaut, cette relance risque de rester une opportunité passagère plutôt qu’un véritable tournant stratégique.

M.B.S.M.

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