Le détroit d'Ormuz est bloqué par l'Iran depuis dimanche. Les alternatives pour contourner ce passage stratégique restent limitées, ce qui fait flamber les prix des hydrocarbures et vaciller les marchés financiers.
Des centaines de navires bloqués à proximité du détroit d'Ormuz. Après le lancement de l'opération militaire américano-israélienne contre le régime des mollahs, l'Iran a bloqué ce passage maritime stratégique pour le commerce mondial de pétrole, provoquant une forte hausse du prix des hydrocarbures et une chute des Bourses mondiales.
Sur son site, le journal « Les Echos » essaie de répondre aux questions clés autour de ce blocage…
· 1. Qu'est-ce que le détroit d'Ormuz ?
Il s'agit de l'une des routes maritimes les plus importantes au monde qui permet de relier le golfe Persique à la mer d'Arabie. Délimité au nord par l'Iran et au sud par Oman et les Emirats arabes unis, le détroit d'Ormuz mesure environ 50 km de large à son entrée et à sa sortie, et environ 33 km à son point le plus étroit. Cette voie navigable est suffisamment profonde pour accueillir les plus grands pétroliers du monde. Environ 3.000 navires le traversent chaque mois.
· 2. Comment l'Iran bloque-t-il cette zone ?
Peu après le déclenchement du conflit, les Gardiens de la révolution iraniens ont averti les bateaux par message de ne pas traverser le détroit au risque d'être attaqués. Dimanche, ils ont mis leurs menaces à exécution en tirant sur au moins trois navires qui tentaient de franchir cette zone. Les armateurs mondiaux ont alors donné l'ordre à leurs flottes de se mettre à l'abri.
· 3. Combien de navires sont bloqués ?
Plusieurs centaines de bateaux se retrouvent pris au piège. Selon Jeremy Nixon, PDG du transporteur de conteneurs Ocean Network Express, environ 750 navires sont à l'arrêt, dont 100 porte-conteneurs. Sur le total de navires bloqués, « entre 50 et 55 » battent pavillon français ou appartiennent à des entreprises françaises, selon les estimations du directeur général d'Armateurs de France, Laurent Martens.
· 4. Le détroit a-t-il déjà été fermé à la circulation maritime ?
Non, même pendant la guerre du Golfe, il n'y a jamais eu d'arrêt total des échanges via le détroit d'Ormuz. Pendant la guerre Iran-Irak entre 1980 et 1988, il y a eu des attaques de pétroliers, mais le passage commercial avait été maintenu. Téhéran avait moult fois menacé de bloquer le détroit, comme lors de la « guerre des douze jours » en juin 2025, mais sans jamais passer à l'acte.
· 5. Pourquoi est-il si stratégique ?
Le détroit est un point de passage clé du commerce de pétrole et de gaz. Un quart du pétrole mondial et un cinquième du gaz naturel liquéfié y transitent. Cette route permet surtout les exportations de produits pétroliers et gaziers non seulement d'Iran, mais aussi d'autres pays du Golfe comme l'Irak, le Koweït, le Qatar, l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis.
En 2025, environ 20 millions de barils de pétrole transitaient par le détroit d'Ormuz chaque jour, selon les estimations de l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA) - ce qui représente près de 600 milliards de dollars (447 milliards de livres sterling) de commerce d'énergie par an.
Le détroit est aussi essentiel pour les échanges régionaux : il permet aux marchandises d'arriver au port de Dubaï, Jebel Ali, 10e port mondial de conteneurs et plaque tournante de redistribution pour plus d'une dizaine de pays. Les porte-conteneurs y sont déchargés sur des bateaux plus petits à destination de pays allant de l'Afrique de l'Est à l'Inde.
· 6. Quelles marchandises transitent par Ormuz ?
Au-delà des hydrocarbures, des produits très divers y circulent en quantité. En premier, des engrais à risque. « Environ 33 % des engrais mondiaux, y compris le soufre et l'ammoniac, transitent par le détroit d'Ormuz », selon le cabinet d'analyse Kpler. La région produit aussi jusqu'à 23 millions de tonnes par an de polyéthylène, l'un des plastiques les plus utilisés dans le monde, soit 15 % de la production mondiale, selon les données du cabinet Argus Media. Enfin, le Moyen-Orient compte pour 9 % de la production mondiale d'aluminium primaire, dont la quasi-totalité est exportée, selon TD Commodities.
La majorité des marchandises transportées via Ormuz sur des porte-conteneurs viennent de l'axe Inde-Chine-Océanie (70 %) : la moitié sont des produits industriels, chimiques et de l'automobile. L'autre moitié de l'électroménager, des meubles, du textile, des cosmétiques et de l'agroalimentaire. Les produits venant d'Europe représentent, eux, moins de 10 % du total. Voitures et machines viennent d'Allemagne. Depuis la France, ce sont surtout des produits agricoles, cosmétiques, produits du luxe et pharmaceutiques.
· 7. Qui est le plus impacté par cette fermeture ?
La fermeture du détroit est une catastrophe pour tous les pays producteurs de la région, de l'Arabie saoudite, qui expédie 6 millions de barils par jour via Ormuz, à l'Irak, en passant par le Qatar pour son GNL, et… l'Iran, dont 35 % des recettes publiques au moins dépendent des exportations de pétrole.
Côté acheteurs, l'Asie est en première ligne, avec 82 % du pétrole transitant par Ormuz destiné à ses marchés. La Chine, l'Inde, le Japon et la Corée du Sud sont les plus exposés. Certains pourraient s'approvisionner ailleurs, mais cela renchérirait les coûts. La Chine, par exemple, profite des rabais sur le pétrole iranien, frappé par les sanctions internationales, et devrait alors accepter de payer son pétrole au prix du marché, ou miser davantage encore sur le pétrole russe ou vénézuélien.
· 8. Quelles alternatives pour le trafic mondial ?
Face aux menaces répétées de blocage du détroit d'Ormuz ces dernières années, les pays de la région ont étudié des solutions alternatives. L'Arabie saoudite a par exemple transformé un ancien gazoduc en oléoduc pour exporter une partie de son pétrole par la mer Rouge (potentiellement 5 millions de barils par jour) mais cela allonge la durée et augmente les coûts de transport vers l'Asie.
Les Emirats arabes unis ont, eux, investi dans des infrastructures pour acheminer leur pétrole via le port de Fujaïrah, en dehors du détroit, avec un oléoduc d'une capacité de 1,5 million de barils par jour, soit la moitié de la production nationale. L'Iran a de son côté développé le terminal de Djask, dans l'est du pays. En théorie, il peut accueillir environ 350.000 barils par jour, soit 20 % des exportations iraniennes. Ces routes alternatives restent limitées. L'Agence américaine de l'énergie estime qu'elles ne pourraient acheminer que 15 % des flux pétroliers passant par Ormuz. Et pour le GNL qatari, aucune alternative n'existe.

