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Editorial : Casse impériale à Caracas

Par Chokri Baccouche

Le Venezuela a été, hier, la cible d’une attaque militaire américaine de grande envergure à l’issue de laquelle le président vénézuélien, Nicolas Maduro, aurait été capturé avec son épouse et exfiltré en dehors de son pays. Sur un ton triomphaliste, le locataire de la Maison Blanche, Donald Trump, a confirmé ce coup de force mené par sa soldatesque qui aurait fait plusieurs morts ainsi que de nombreux blessés, selon le procureur du Venezuela, Tarek William Saab.

Le dirigeant vénézuélien devra répondre aux Etats-Unis d’accusations liées à la drogue et au terrorisme. Oh la vache, serait-on tenté de dire ! La vache qui rit jaune s’entend et qui meugle à tue-tête pour exprimer son dépit, son amertume et surtout ses craintes face à ce qui se passe de pas très catholique aujourd’hui dans le monde. Un monde aux abois régi par la loi de la jungle et la force des armes où les plus vulnérables sont littéralement écrasés et asservis par les plus forts.

Un monde plus que jamais livré aux affres de l’incertitude, où le droit est promu au rang de simple kleenex, manipulable à l’envi par les puissants au gré de leurs seuls intérêts, imposé de force aux plus faibles et jeté à la poubelle après usage. Un monde flippant où les chefs d’Etat du « Sud global » pourtant démocratiquement élus sont pourchassés dans leurs propres pays par des commandos étrangers comme de vulgaires malfrats, enlevés de force et pris en otage pour être jugés par les tribunaux de leurs ravisseurs.

Les signes avant-coureurs de ce coup d’Etat américain contre le régime de Nicolas Maduro se faisaient déjà sentir avec insistance depuis quelque temps. Accusé par Washington de s’adonner à des activités liées au trafic de drogue et au terrorisme, le président vénézuélien est, en fait, la victime expiatoire de ses positions politiques.

Dans nombre de ses discours au vitriol ces derniers temps où il affiche une hostilité farouche à toute ingérence étrangère dans les affaires internes de son pays, il a réaffirmé à maintes reprises que le Venezuela refuse d'être le « patio trasero » (l'arrière-cour) de Washington, se présentant comme le défenseur de l'indépendance nationale.

Et bien évidemment, un dirigeant aussi rebelle à la « Pax americana » en Amérique latine, qui préside de surcroît aux destinées d’un pays stratégique disposant de la plus grande réserve avérée d’hydrocarbures au monde, ne peut que devenir une cible à abattre coûte que coûte et à n’importante quel prix.

Comme un signe prémonitoire et sentant au fond de lui-même que sa carrière politique allait être raccourcie de manière brutale, Nicolas Maduro a déclaré récemment que « l’impérialisme est devenu fou» et qu’il est « entré dans une phase de dérèglement ». Il n’a pas tort au fond et on peut même dire que l’impérialisme a cassé un câble depuis un bon bout de temps déjà. L’histoire nous apprend en effet que les Etats-Unis ne sont pas à leur premier coup de force du genre.

En 2003, l’Amérique de Georges W. Bush avait renversé en effet sous des prétextes fallacieux et des mobiles inventés de toutes pièces Saddam Hussein en Irak avant de le traquer puis de le jeter en pâture à une justice aux ordres. En 1989, lors de l’opération « Just Cause », les Etats-Unis avaient envahi le Panama et capturé le général Manuel Noriega, chef de l’Etat en exercice, avant de le transférer à Miami pour y être jugé pour trafic de drogue.

Toutes ces interventions américaines se sont produites sans mandat international et ont été dénoncées à l’époque comme une violation flagrante du droit international. L’opération contre Maduro prolonge donc cette logique absurde ou plutôt ce banditisme politique U.S : une intervention ciblée, extraterritoriale et assumée contre un dirigeant accusé par Washington d’entretenir également des liens étroits avec l’Iran et de tolérer, voire faciliter des réseaux liés au Hezbollah en Amérique latine.

Les preuves confirmant que l’impérialisme est bon pour la camisole se vérifient également à l’aune des dernières déclarations de Donald Trump qui a menacé le régime des mollahs d’une intervention militaire américaine si les manifestations qui secouent actuellement l’Iran étaient violemment réprimées. Bref, on peut dire que l’impérialisme débloque complètement et cherche noise à tout ce qui bouge au moindre prétexte.

Cet accès d’agressivité sonne, diront les mauvaises langues, comme un mouvement convulsif à travers lequel l’impérialisme cherche à projeter sa puissance pour compenser ses faiblesses et peut-être aussi ses craintes. Les bouleversements géopolitiques majeurs qui secouent actuellement le monde expliquent en fait pourquoi l’impérialisme est dans tous ses états.

Certes, nul n’est prophète en son pays, mais tout porte à croire que 2026, qui vient de débarquer, sera une année particulièrement chaude dans un monde en proie à un surcroît de tensions…

C.B.

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