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Plus de financement pour les produits non prioritaires importés : Les PME, premières victimes d'une décision largement contestée...

Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI

La décision de la BCT de restreindre le financement par les banques de l'importation des produits classés non prioritaires a suscité la colère des professionnels. Que disent les experts à ce sujet et quel est l'impact de cette mesure sur les entreprises notamment les PME?

Un communiqué récemment publié par la Banque centrale de Tunisie (BCT) imposant des restrictions strictes sur le financement des importations classées comme produits « non prioritaires », a suscité de vives critiques dans le paysage économique tunisien. Des acteurs économiques estiment que « cette décision place des milliers d’entreprises dans une situation financière difficile», tandis que d’autres considèrent qu’il s’agit d’« une mesure qui fait payer le prix aux acteurs les plus fragiles en période de crise, alors que les groupes dominants sur les marchés en profitent».

Le communiqué de la Banque centrale comprend, en effet, des mesures limitant le financement des importations de certains produits « non prioritaires », dans une démarche qui, selon la BCT, vise à rationaliser les importations et à préserver les réserves en devises du pays.

Il s'agit de la circulaire n°4 de l’année 2026, publiée le 26 mars 2026, qui stipule que les banques agréées ne peuvent accorder aucun crédit ni financement pour l’importation d’une liste spécifique de biens, sauf si l’importateur couvre la totalité de la valeur de la marchandise en espèces (100 %) avant le début de l’opération de domiciliation.

Cette interdiction concerne tous les moyens de paiement, y compris les crédits documentaires, les virements bancaires et les lettres de change. Du coup, aussi bien les professionnels que les experts sont montrés au créneau pour dénoncer une mesure de nature à fragiliser toute l'économie nationale...

Effets néfastes ...

Pour l'expert en économie et en finances, Mohamed Salah Jennadi : " L’interdiction couvre toutes les formes de financement, tels que les prêts bancaires, les avances financières et les garanties bancaires, avec certaines exceptions, notamment les marchés publics au profit de l’État, des entreprises publiques et des collectivités locales, ainsi que les opérations en cours avant la publication de la circulaire et pour lesquelles les banques se sont déjà engagées.

Sont également exclues les importations nécessaires aux activités de production des entreprises industrielles, sous réserve de la présentation d’une fiche technique du ministère de l’Industrie prouvant que le produit est directement lié à l’activité de l’entreprise, ainsi que les importations dans le cadre du régime de transformation en vue de la réexportation, après obtention d’une autorisation.

Cette décision couvre une longue liste de produits « non prioritaires », notamment les voitures particulières, les vêtements et textiles, les produits alimentaires de luxe tels que les fromages, les fruits exotiques (bananes, ananas, avocats), les fruits secs (amandes, pistaches), le miel et les confiseries, les boissons gazeuses et l’eau minérale, ainsi que les poissons de luxe et les crustacés. En vertu de cette décision, les commerçants ne peuvent plus importer des « biens de luxe » ou « non essentiels » en recourant à des crédits bancaires.

Ils sont donc tenus de financer ces achats à partir de leurs propres ressources avant l’importation, ce qui a suscité de nombreuses critiques". Et d'ajouter : " plusieurs parties ont été surprises par une décision inattendue de la Banque centrale de Tunisie imposant aux entreprises de financer à 100 % les importations de certains produits à partir de leurs propres ressources, alors qu’elle attendait des mesures concrètes pour soutenir les PME et les artisans.

Certes, la décision vise à protéger les réserves en devises, mais elle place en contrepartie des milliers d’entreprises dans une situation financière difficile et menace directement leur survie et leur stabilité. Les professionnels ont, alors, dans leur majorité exprimé leur rejet de toute décision prise sans une réelle concertation avec les représentants des PME, dénonçant le fait de faire supporter aux entreprises les conséquences d’une crise financière et économique dont elles ne sont pas responsables.

Il faut, en outre, mettre  en garde contre les graves répercussions de cette décision sur le secteur automobile qui est le plus touché, notamment en raison de l’inclusion dans la circulaire des pièces de rechange non d’origine, des pneus provenant de certaines sources, des huiles et liquides non homologués, des accessoires automobiles, ainsi que des équipements secondaires comme les téléphones à faible valeur ou non professionnels et les accessoires électroniques.".

De son côté le CONECT a précisé que " concernant les répercussions de cette décision, l’Union estime qu’elle pourrait entraîner un arrêt des importations, une forte hausse des prix, des pénuries de certains produits, une baisse de l’activité économique, des risques pour l’emploi et une expansion du marché parallèle.

L'Union à, par, ailleurs, appelé à prendre plusieurs « mesures urgentes », notamment la révision de la décision en distinguant les secteurs vitaux, la mise en place de solutions de financement flexibles et temporaires au lieu d’une interdiction totale, l’implication des organisations professionnelles dans les décisions économiques et l’élaboration d’un plan de réforme économique clair plutôt que des solutions provisoires.

A noter que le CONECT  a souligné dans un communiqué que « la véritable réforme ne se fait pas par des décisions choc, mais par une vision commune et équitable qui préserve les droits de l’État, de l’entreprise et du citoyen », estimant que « sauver l’économie ne passe pas par l’asphyxie des entreprises, mais par leur soutien afin qu’elles puissent résister et se développer », selon le communiqué.

Entre nécessité de préserver les équilibres financiers du pays et urgence de soutenir le tissu économique, la décision de la BCT met en lumière un dilemme crucial : sauver les réserves aujourd’hui sans sacrifier les entreprises de demain.

M.B.S.M.

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