Par Imen Abderrahmani
Les récentes pluies intenses ont révélé des vestiges archéologiques en Tunisie tout en exposant le patrimoine à de nouveaux risques. Découvertes, dégradations naturelles et tentatives de pillage soulignent l’urgence de renforcer la protection des sites face aux aléas climatiques et humains.
Les épisodes climatiques exceptionnels qui ont frappé la Tunisie, ces dernières semaines, notamment sur le littoral, ont eu des effets contrastés sur le patrimoine archéologique. La fortes vagues et le recul temporaire du niveau de la mer ont permis la mise au jour de vestiges jusque-là enfouis, notamment dans les gouvernorats de Nabeul et de Mahdia, révélant l’ampleur de richesses encore largement méconnues.
À Nabeul, des structures d’une grande valeur scientifique ont été observées sur les sites de « Sidi El Mahersi », de la plage « El Ouediane », ainsi que sur le site antique de Neapolis et ses environs.
Selon une déclaration du chercheur et archéologue Riadh Mrabet sur les ondes de la radio « Diwan FM », l’apparition de grottes doubles à Sidi El Mahersi conforte d’anciennes hypothèses sur des occupations humaines remontant à l’époque libyque, dite « aube de l’histoire ». Ces découvertes, bien que prometteuses, demeurent extrêmement vulnérables à l’érosion marine et à l’absence de dispositifs de protection adaptés.
Selon un communiqué de presse du ministère des Affaires culturelles, une équipe scientifique s’est rendue sur le site de Neapolis pour effectuer des constats de terrain, documenter les vestiges et évaluer l’état général des lieux. Le directeur du département d’archéologie sous-marine, Ahmed Gadhoum, souligne que ces interventions nécessitent prudence et rigueur, en raison de la persistance des conditions climatiques exceptionnelles et du fort mouvement des vagues, qui compliquent les observations et imposent de renouveler les constats lorsque les conditions seront plus stables.
Le spécialiste a également indiqué qu’une équipe relevant de l’Inspection régionale du patrimoine du Sahel s’est déplacée le 20 janvier pour inspecter plusieurs sites archéologiques dans le gouvernorat de Mahdia, notamment « Borj Er-Ras » et « Salakta », afin de prendre les mesures et dispositions nécessaires.
Concernant les mécanismes de protection des sites archéologiques en bord de mer, Ahmed Gadhoum a souligné que cette protection demeure relative, en raison de leur exposition directe à l’érosion marine. Toutefois, certains projets, à l’instar de celui de l’aménagement du littoral qui devrait prochainement démarrer dans le gouvernorat de Nabeul sous la supervision du ministère de l’Environnement, constituent des pistes concrètes pour atténuer ces risques.
Tentative de fouilles clandestines
Les intempéries ont par ailleurs accentué les dangers pesant sur les sites archéologiques. Les pluies abondantes et les inondations fragilisent les structures anciennes, accélèrent l’érosion des sols et provoquent parfois des effondrements partiels. À ces risques naturels s’ajoutent les atteintes humaines, notamment le pillage et les fouilles clandestines, facilités par la baisse de fréquentation et les difficultés de surveillance en période de crise climatique.
La vulnérabilité du patrimoine a été illustrée de manière préoccupante à Kerkouane et dans ses environs. Des informations circulant sur les médias et les réseaux sociaux faisaient état d’une tentative d’intrusion sur des vestiges archéologiques situés dans la zone de « Oued El Kassab », proche du site punique classé au patrimoine mondial.
Dans un communiqué de presse, le ministère des Affaires culturelles a précisé que cette infraction avait été rapidement détectée par les agents de l’Institut national du patrimoine (INP), en coordination avec la Garde nationale, et que les mesures nécessaires avaient été prises pour sécuriser le site. Le ministère a également appelé les citoyens à faire preuve de vigilance et à signaler tout acte susceptible de porter atteinte à l’histoire et à la civilisation tunisienne.
Face à l’ensemble de ces constats, un bilan global et approfondi s’impose. Les spécialistes recommandent une évaluation précise des dégâts causés par les intempéries, tant sur les sites nouvellement révélés que sur ceux déjà connus. Un tel état des lieux permettrait de hiérarchiser les interventions, de renforcer la surveillance, d’engager des actions de consolidation et d’adapter les stratégies de gestion du patrimoine pour limiter les pertes futures.
Entre découvertes archéologiques et menaces croissantes, ces événements rappellent que la protection du patrimoine tunisien nécessite une approche globale, intégrant les enjeux climatiques, scientifiques, sécuritaires et citoyens, afin de préserver durablement ces témoins irremplaçables de l’histoire nationale.
Imen.A.

